Coup de pression

Le coup de pression d’Éric Rougé

Si le shaper angloye a déjà connu les affres de Belharra, c'est à Guéthary qu'il a bien failli y passer.

Publié le 1 février 2013

Eric Rougé, dans son atelier - © David Bianic

Pour bien mesurer l’anecdote qui va suivre, il est conseillé de relire le Coup de pression de Stéphane Iralour, partenaire de surf tracté d’Éric Rougé, pour bien mesurer que le bonhomme n’a pas froid aux yeux, ni ailleurs.

« Lors d’un gros jour, il y a trois ans de cela à Parlementia, à Guéthary, on avait préféré sortir à la rame plutôt qu’en tow avec Stéphane. C’était en février, en fin de matinée, les vagues faisaient entre 4 et 5 mètres, plutôt de bonne qualité. On se met donc à l’eau, à trois seulement. Un peu gourmand, je me place un peu à l’intérieur, un peu trop alors que de grosses séries décalent de temps à autre. J’essaye de partir sur une première vague, mais je ne parviens pas à démarrer. Là, je me retourne et je vois la “grande sœur” qui arrive et m’explose dessus. J’ai pris tout l’impact du bowl sur le coin de la tête, ça m’a balancé sur le fond.
J’ai l’habitude, alors je panique pas plus que ça. Quand même, je reste bien coincé au fond, mais tranquille, j’attends que ça se passe. Ça tire, ça tire… Je ne remonte pas… Je sens passer une seconde vague au dessus de la tête. Toujours sous l’eau. Ça n’arrête pas de tirer, je ne remonte toujours pas. Là, je commence à m’agiter un peu, comme je n’avais pas pu prendre beaucoup d’air au moment du premier impact. Normalement, je me laisse remonter sans nager, mais là il fallait que je trouve de l’air. En plus, je savais que j’étais bien profond parce que les oreilles me faisaient mal.
Je me mets à faire des brasses, mais je sens que ma tête commence “à partir”, ça tourbillonne. Malgré moi, je commence à inhaler de l’eau, ça ne va pas ! J’ai beau ne pas paniquer, je réalise l’espace d’un instant que c’est peut-être la fin. Tu ne vois rien, tu ne sais pas vers où est le fond, vers où est la surface… J’ai pensé un moment à décrocher le leash, mais tout va tellement vite.
Heureusement, je finis par refaire surface, mais à l’instant où ma tête sort de l’eau, je prends une grosse mousse dans la face. J’ai à peine le temps de prendre une mini-goulée d’air. Je repars au fond, re-essorage… Les mousses finissent par se calmer et je peux enfin m’allonger sur la planche, mais je suis secoué, je vois des étoiles. Une fois remis sur pattes, je suis reparti au fond, ne serait-ce que pour dire aux copains : “Faites attention, j’ai failli me noyer, pour de vrai”.
J’estime être resté entre 30 et 40 secondes sous l’eau et, quand il s’agit d’une apnée qui n’est pas préparée, ce n’est pas la même affaire. J’avais déjà eu une mauvaise expérience à Waimea il y a très longtemps de cela, où j’étais resté trois vagues sous l’eau, mais à l’époque j’étais probablement en meilleure forme physique, et surtout cela se passait dans une eau chaude, c’est très différent.
Ce jour-là à Guéthary, je surfais une 8’7 et c’était aussi une erreur de sortir avec une planche aussi courte pour ces conditions. Depuis cet incident, je me suis fait un gun de 10′ plus adapté. J’ai déjà eu des accidents en plongée professionnelle sur des chantiers, avec des pannes d’air, sur un puits de pétrole, dans des conditions difficiles, dans le noir avec des câbles partout. Il est certain que cette expérience me sert aujourd’hui dans les grosses vagues. »

> Retrouvez le portrait d’Eric Rougé dans le Surf Session n°306 de janvier 2013

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