Matos

À la traîne

Envahi par le blues du flat, des questions improbables surgissent : et si le leash était un frein dans l'eau ?

Publié le 21 juillet 2013

La dernière session remonte au 9 juillet. Depuis, rien. Nichts, nada, niente. Douze jours de flat peuvent atteindre plus gravement le mental d’un surfeur que l’on croit. D’abord, on commence par préparer son matos, au cas où. Un petit wax job qui va bien et voilà le pont de votre summer board aussi immaculé qu’une mariée. Et puis ensuite, vient le tour de ce néoprène qui refoule la marée. Un peu de Piss Off ou d’huile de coude et de savon, et voilà vos combis plus propres que propres, remisées en attendant les jours frisquets de septembre.

Mais passés les deux premiers jours, on commence à méchamment tourner en rond. Dans ces cas-là, l’ennui peut mener à faire chauffer la Carte Bleue : en quête d’un nouveau joujou, on se prend à faire la tournée des shops ou à “surfer” (oh cruel lexique) sur LeBonCoin parmi les occases de première fraîcheur. Pour la plupart d’entre nous, c’est un peu comme tromper sa petite amie, on y a tous pensé mais sommes peu à franchir le cap. Le poids de la culpabilité, sûrement.


Quatre jours se sont désormais écoulés et pourtant vous êtes déjà incapables de dater votre dernière session. “C’était en 1997 je crois. Je me souviens, il y avait eu une forte affluence de méduses cet été-là… À moins qu’il ne s’agisse de la semaine dernière ?”
Le rat en cage finit alors par se mordre la queue, ou en l’occurrence le leash. Quitte à gamberger sévère sur l’optimisation de son équipement, une question récurrente revient en été quand les vagues se sont mini. “Eh dis donc, le leash, il ne me ralentirait pas grave en fait ?” Vite, Google mon ami, viens à mon secours, d’autres ont sûrement réfléchi à la question avant moi.

Premiers éléments de réponse : sachant que l’eau (de mer) est 800 fois plus dense et 55 fois plus visqueuse que l’air, ce frottement du leash sur la paroi de la vague ne nous dit rien de bon. Un peu plus loin, on apprend que 91 % de l’énergie d’un nageur est absorbée par les frottements. Tiens, voilà enfin des statistiques appliquées au surf : Mick Fanning a été “flashé” à 39,1 km/h sur une vague et la résistance de son leash calculée à 3,67 kg. Mais… mais… c’est énorme !

Il existe des questions dont on ne veut pas réellement connaître les réponses, mais que faire d’autre, c’est le flat total. Retour sur Google et là, miracle, Surfer Mag y a déjà consacré un papier dans son dossier The Science of Surf, daté d’avril 2012. On tient nos réponses, enfin.
Surfer Mag est allé à la rencontre d’Aaron Perry, ingénieur en chef d’Oracle Racing, le bateau vainqueur de l’America’s Cup 2010. Autant dire que le bonhomme s’y connaît en dynamique des fluides et autres bouzins de matheux.

Thérapie en piscine.

D’après Perry, les frottements augmentent exponentiellement avec la vitesse et, en imaginant qu’un surfeur se déplace à environ 25 km/h (oui, Fanning n’est pas surnommé White Lightning pour rien) et qu’il utilise un leash d’une épaisseur de 5 mm, dont environ 1 mètre de la longueur totale traîne effectivement dans l’eau, cela donnerait un “effet ancre” de 1,85 kg. Pour faire simple, on surferait donc avec une grande bouteille de Cola attachée à la planche. No good, brah!
L’ingénieur conseille même de placer sa planche dans une piscine, de lui y attacher une balance à ressort au tail et ainsi d’observer les données mesurées en traînant la planche sur la surface de l’eau. Et quoi ensuite ? De pleurer en voyant que l’on surfe avec le frein à main enclenché ?

Parce que bon, surfer sans leash, c’est bien mignon, mais ça n’est pas donné à tout le monde. En panique totale, le blues du flat s’est transformé en dépression sévère à ce stade : alors même qu’il n’y a pas une ride, on en vient à craindre le retour des vagues, complètement chamboulé par cette histoire “d’effet ancre” du leash. Heureusement, le papier de Surfer Mag se conclut par une note plus rassurante, une parole de sage même, dans la bouche du vétéran Taylor Knox. “Si pour certains ne pas porter de leash apporte une liberté d’esprit, pour beaucoup d’autres l’absence de leash équivaut à un frein mental, car avec le leash, ils ne craignent pas de chuter.” Amen !

Voilà une question de réglé, il est grand temps de checker de nouveau WindGuru pour voir si… OH WAIT !

2 commentaires 
    vedere - 22 juillet 2013 à 16 h 52 min

    c’est vrai que l’on est au régime sec depuis une petite quinzaine,mais bon,vu le monde je me dis que les plus à plaindre sont tous les touristes qui sont là pour rien eux…,moi je peux encore attendre un peu,mais pas trop quand même…

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    guy - 21 juillet 2013 à 14 h 11 min

    haha!c’est exactement ça!

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