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Planète

Privatisation des spots : les Maldives dans la tourmente

De nouvelles privatisations de spots aux Maldives font l'actualité après l'arrestation de "militants" opposés au projet.

Publié le 11 novembre 2013

Sans le tourisme, la république des Maldives n’est rien, mais cette manne pour le PIB du pays est aussi très fragile. Avec environ 200 îles habitées, chacune d’une superficie ridicule, la capacité d’accueil touristique mérite une gestion délicate. À ce titre, les Maldives ont très tôt instauré une politique de « l’île-hotel », plus communément appelé « resort ». Ils sont ainsi environ 600 000 à profiter chaque année des 90 îles habilitées à recevoir des visiteurs, aux trois quarts européens.

Cette gestion habile du tourisme de luxe classique est plutôt un modèle du genre. Mais une autre forme de tourisme s’est développée en un peu plus de 20 ans, principalement dans l’atoll de Malé nord : le surf. L’arrivée de surfeurs est apparue comme une forme de tourisme « disruptif », n’obéissant pas obligatoirement au modèle « une île, un hôtel… et un spot ». Les navettes en dhoni ont permis aux surfeurs résidents d’une île de surfer les quelques 7 spots recensés à Malé nord, séparés de quelques milles tout au plus. Puis, des charters boats ont fait leur apparition, puis d’autres, et encore d’autres, au point que les tour operators poussèrent vers le sud de l’archipel à la recherche de nouvelles vagues.

L'île de Thamburudhoo dans l'atoll de Malé nord - Photo : Save Thamburudhoo

Ce qui devait arriver arriva. Même ce tourisme surf de luxe est désormais soumis à une forme de surpopulation à l’eau. À 4000 $ la semaine parfois, personne n’a envie de devoir batailler pour prendre des vagues, comme sur son beachbreak pourrave à la maison ! Dans un premier temps, la réaction du gouvernement maldivien fut d’étendre la propriété des îles auprès des gestionnaires de resorts, allant désormais jusqu’à 700 mètres au large et comprenant donc de fait les spots. C’est ainsi que deux des spots les plus fréquentés devinrent privatisés, Pasta Point et Lohifushi. Mieux ou pire – c’est selon-, le Hudhuranfushi Resort (où déferle Lohis) en est même venu à limiter drastiquement le nombre de surfeurs sur son spot, confiant cette gestion à un opérateur privé, World Surfaris. Ainsi, de mars à octobre, seuls 35 surfeurs peuvent investir la jolie gauche de Lohis et le message est clair : “Aucun surfeur ne sera autorisé à surfer ‘librement’ à Lohis avant d’avoir payé pour un surf pass”, déclarait Mohamed Lantra, General Manager de Hudhuranfushi Resort.

Deux spots de moins, ce n’est pas la mort dirons certains. Sauf qu’en 2011, un groupe venu de Singapour, Telos Investment, fit la demande de concession de l’île de Thamburudhoo pour 50 années au gouvernement maldivien. Thamburudhoo ? Peut-être que les deux vagues qu’abrite l’île vous sont plus familières : Sultans et Honkies, deux des joyaux de Malé nord. Grand prince (!), Telos ne revendiquait pas « l’usufruit » exclusif de ces spots et souhaitait autoriser l’accès aux surfeurs locaux deux fois par mois, le vendredi matin et le samedi après-midi comme le précisait le projet initial de 2011. Évidemment, si l’accès aux vagues serait accordé, pas question de mettre un pied sur l’île.

Très vite, une pétition « Save Thamburudhoo » a vu le jour mais les 1500 signataires ne pèsent pas bien lourd face aux promesses de Telos : 75 emplois créés pour la population maldivienne, 1 million de dollar d’impôt annuel, le financement de deux « centres », un pour le gouvernement, l’autre pour les Affaires Maritimes (dans la lutte contre la piraterie et la pêche illégale). Néanmoins, dans un souci de transiger, Telos a fait appel aux Américains du Center for Surf Research afin d’intervenir comme consultant sur ce sujet sensible de l’accès aux spots. Le CSR a en effet pour objectif d’étudier l’impact environnemental et le « développement social durable » de la pratique du surf.

Thamburudhoo, vu du ciel - Photo : Save Thamburudhoo

Un premier pas en avant a permis de rétablir l’accès quotidien à Honkies et Sultans pour les surfeurs locaux et seulement eux, sous conditions néanmoins. La Maldivian Surfing Association serait en effet associée à la gestion du spot et au respect de « bonnes pratiques ».
Pour un grand nombre de tour operators, cette solution n’est évidemment pas satisfaisante car, avec plus qu’une poignée de spots « publics », la surpopulation va mécaniquement s’accentuer et les surfeurs-touristes risquent fort d’être mécontents. Pas bon pour les affaires à moyen terme… Il y a quelques semaines, le mouvement de contestation a pris un nouveau tournant après que ces tour operators surf se soient réunis à Malé. À l’issue d’une réunion de sensibilisation à cette privatisation des spots, plusieurs représentants furent arrêtés et interrogés par la police, détenus près de huit heures. Si la tension monte, c’est aussi en raison du contexte politique, alors que les élections présidentielles 2013 ont connu de sacrés revers ces dernières semaines. Mohamed Nasheed, le premier président démocratiquement élu puis renversé en février 2012, est arrivé en tête du scrutin au premier tour en septembre dernier, mais la Cour suprême du pays a annulé l’élection suite à des allégations de fraude électorale massive. La seconde tentative d’élections prévue le 19 octobre a été également annulée, quelques heures à peine avant le vote, la police ayant refusé de distribuer les bulletins. Nouveau rebondissement ce week-end après la tenue d’un premier tour samedi, puis de nouveau l’annulation du second tour hier dimanche alors que Nasheed était de nouveau en tête…

En quoi cette élection peut changer quelque chose pour les surfeurs et les tour operators ? Fer de lance de l’opposition, Mohamed Nasheed est un militant des droits de l’homme, déjà initiateur en 2005 d’une « campagne de désobéissance civile non-violente » pour la démocratie et a eu droit aux honneurs de Time Magazine en 2009 comme « Héros de l’environnement » et « visionnaire ». Nasheed tranche (trop) avec un héritage politique des Maldives beaucoup plus conservateur. Visiblement, tout est fait pour l’empêcher d’accéder démocratiquement au pouvoir de nouveau. Pour en revenir au sujet des spots de Malé, Nasheed s’est déclaré publiquement pour un accès libre à l’île de Thamburudhoo, prêt à rembourser les 5 millions de dollars versés par Telos au titre des 50 années de concession si jamais il était élu. Quand on vous dit que voter peut vraiment changer les choses, ce ne sont pas que des paroles en l’air.

La page Facebook “Save Thamburudhoo”

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2 commentaires 

Commentaires

    mordicus40 - 13 novembre 2013 à 18 h 02 min Répondre

    Et si les pros et les célébrités du surf militaient contre la privatisation des spots?

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    Surfatoll - 12 novembre 2013 à 9 h 33 min Répondre

    La pétition officielle peut être signée ici:

    http://fr.surfatoll.com/2013/07/les-maldives-un-pays-pas-un-country-club/

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