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Interview

Carrière : un moment avec Tim Boal

Un œil dans le rétro, l'autre fixé sur l'horizon : Tim évoque sa carrière, ce qui a changé ces dernières années dans le job de pro-surfeur, et ses projets à venir...

Publié le 7 février 2014

Après une grosse carrière de compétiteur – et une qualification sur le World Tour en 2009 s’il vous plait – mais aussi de free surfeur, Tim Boal amorce depuis quelque temps une nouvelle activité, cette fois-ci autour de la musique, sa seconde passion. Son contrat avec Protest ayant pris fin en décembre 2013, le franco-anglais peut désormais s’investir à fond dans ses nouveaux projets. Sans pour autant s’éloigner trop des vagues…
Rencontre avec l’intéressé dans les locaux biarrots de son collectif d’artistes Stand’Art.

Tim © B.Bonnarme

On vient un peu aux news. Où en es-tu aujourd’hui ?
Je surfe toujours, mais je fais moins de compètes. Ces derniers mois, je me suis pas mal investi dans d’autres trucs, notamment l’organisation d’événements qu’on a montés avec plusieurs potes. Ça tourne beaucoup autour de la musique et ça m’a pris pas mal de temps.

Ça signifie que tu comptes mettre un terme à ta carrière de surfeur ?
Non, je serai toujours surfeur, mais j’en avais marre des compètes. Je sentais que j’arrivais au bout de quelque chose. J’ai toujours été attiré par la musique, par plein d’influences différentes : ce qu’écoutaient mes parents, ma sœur, et puis j’ai habité et grandi dans plein d’endroits différents. La musique m’a toujours intéressée, et j’ai commencé à jouer. Avec mes potes, on s’est mis à organiser nos propres trucs, parce qu’il y a peu endroits où on aimait sortir ou passer du temps. On voulait vraiment faire quelque chose qu’on aimait, qui nous ressemblait.

Ta passion pour la musique pourrait elle prendre le pas sur le surf ?
Je ne sais pas, mais à terme, peut-être. Pour le moment, je passe beaucoup plus de temps là-dessus qu’à surfer, c’est sûr. Disons que la musique, c’est sans fin, tu n’as aucune barrière, aucune limite. Pour ce qui est du surf, il y a forcément un moment dans la vie où tu vas commencer à moins bien surfer et c’est naturel. Tu as des plaisirs différents, une glisse différente, tu t’y retrouves, mais ce n’est plus pareil.

Il y a moyen d’envisager de gagner ta vie avec la musique ?
Oui, c’est comme tout : si tu t’investis, que tu y crois vraiment, que tu le fais par passion et que tu t’amuses, souvent, ça marche. Mais je ne me vois pas faire que ça. On est un petit groupe et on a tous des activités à côté.

Tim, Rincon - © B. Bonnarme

Flash back. Tu fais partie des rares Français à avoir intégré le WT. Avec le recul, quel regard portes-tu sur ce moment de ta carrière ?
C’était cool. Depuis tout jeune, ça avait été un objectif pour moi. J’étais super content et aujourd’hui encore, je suis fier de tout cela, mais les gens en ont peut-être trop fait. Attention, je ne dis pas que c’est nul ou quoi que ce soit, c’est juste que finalement, je ne suis pas trop attaché à ces trucs-là.

“Je ne me suis pas trop éclaté l’année où j’ai intégré le CT”

Ça n’a pas été pour toi le point culminant de ta carrière ?
Pas forcément. Je ne me suis pas trop éclaté l’année où j’ai intégré le CT. Le contexte était particulier : il y avait vraiment des mauvaises vagues, ça ne se passait pas très bien avec l’ASP, il n’y avait pas de premier tour, c’était direct du man on man… Ce n’était pas comme maintenant. Je ne dis pas qu’aujourd’hui c’est parfait, mais ça avance, il y a du mieux. Et malgré tout cela, ça reste quand même une bonne expérience.

Et une fois ta saison sur le WT finie, quel projet immédiat avais-tu en tête ?
J’ai refait le WQS l’année d’après. Quand tu es dans les compètes, c’est difficile de prendre le temps de te poser, de réfléchir à ce que tu veux faire d’ici 2/3 ans. À ce moment-là, j’étais à fond dedans, je sortais du CT, ça paraissait logique de me dire « il faut que je me requalifie ».
Les premiers mois, je n’ai pas été terrible, mais j’ai fait une bonne deuxième partie de saison. Et c’est cette année-là qu’ils ont mis en place le cut à la mi-saison. Une année normale, avec les résultats que j’avais, je me serais qualifié, mais là ça ne passait pas.
Au final, ce n’est pas que ça m’a découragé, mais grâce à cela, j’ai pu prendre le temps de me demander ce que j’avais envie de faire. Je me suis rendu compte que je ne voulais plus refaire le Tour et j’ai laissé tombé, petit à petit.

“Quand tu es dans les compètes, c’est difficile de prendre le temps de te poser, de réfléchir à ce que tu veux faire”

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Tahiti © L. Masurel

“J’aurais pu continuer si j’avais voulu, mais je n’en avais plus envie.
Au bout d’un moment, tu ne peux pas mentir aux gens”

Tu as perdu Red Bull et Reef un an et demi après. Est-ce que ça a été un frein pour la suite de ta carrière ?
Non, pas du tout. Quand on est sur le Tour, on gagne pas mal d’argent, même si ce n’est pas le cas pour tout le monde. Et puis c’était la bonne époque, j’avais la chance d’avoir de gros sponsors. J’aurais pu continuer si j’avais voulu, mais je n’en avais plus envie. Au bout d’un moment, tu ne peux pas mentir aux gens. C’est sûr, je n’allais pas dire « J’arrête ! » du jour au lendemain, parce qu’au final, je gagnais de l’argent facilement. De leur côté, ils ont senti que je m’investissais moins, donc c’est normal. Ce sont des choses qui arrivent, il n’y a pas de problème là-dessus.

Avec Protest et Oakley, vous étiez d’accord dès le début pour une carrière de free surfeur ?
Il y avait un peu de compète, mais en fait, c’est vite passé au free surf.

Aujourd’hui, le job de free surfeur à pas mal changé, les rideurs doivent se prendre en main, être présents sur les réseaux sociaux, monter aux-même leurs propres prods vidéos, ce genre de choses… Qu’en penses-tu ?
Je n’aime pas du tout. Les gens doivent être reconnus pour ce qu’ils font, pas grâce à de l’autopromotion, surtout que c’est parfois fait à outrance. N’importe qui peut faire gober n’importe quoi à n’importe qui, notamment à travers Facebook. Il y a des choses que mes potes font et que je ne ferai pas. Je ne veux pas faire semblant de faire quelque chose juste pour faire croire aux gens que je fais encore ceci ou cela, simplement pour avoir des sponsors, de l’argent ou de la reconnaissance. Ce n’est pas du tout ma vision des choses.

“Avant, il fallait faire ses preuves avant d’avoir un sticker sur sa planche”

Les sponsors peuvent-ils te reprocher de ne pas le faire ?
Oui, bien sûr. Après, je ne sais pas si les gens qui bossent dans les boîtes sont réellement conscients de ce qu’il se passe. Peut-être que c’est moi qui suis complètement à la rue, mais je vois les choses du côté des surfeurs, et on peut vraiment faire croire n’importe quoi aux gens. Une marque peut faire d’un mec lambda un super surfeur grâce au marketing, à Internet et je trouve que c’est au détriment d’autres surfeurs. Quand je dis ça, je parle de la génération d’aujourd’hui, pas de la mienne. Avant, il fallait faire ses preuves avant d’avoir un sticker sur sa planche. Tu ne pouvais pas créer ton propre magazine, alors qu’aujourd’hui tu le peux, sous la forme d’une page Facebook. C’est ce qui a fait que je me suis éloigné de ce système. J’avais déjà fait un peu le tour du milieu, et ça ne m’intéressait pas d’entrer dans ce jeu-là. Je n’ai aucun regret et je ne suis pas aigri, j’aime toujours autant le surf, je constate simplement le système d’aujourd’hui.

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La Gravière © B. Bonnarme

Tu as un bagage, un regard et une analyse technique complète. Une carrière de coach ou préparateur physique ne t’intéresse pas ?
Coacher, ça ne m’intéresse pas du tout et je ne serais vraiment pas bon. J’ai toujours tout fait au feeling, donc pour expliquer à quelqu’un d’autre, c’est très compliqué… Par contre, s’il y avait des possibilités pour devenir consultant, comme on le voit dans d’autres sports, ça m’intéresserait vraiment. Seulement, il faudrait que ce soit dans un contexte qui me branche réellement, et en l’état actuel des choses, même si ça bouge pas mal à l’ASP, ça ne me conviendrait pas. Jusqu’ici, je n’en ai pas eu l’opportunité, donc la question ne se pose pas.

Je retrouve le plaisir de surfer des vagues pourries, mais tout seul”

Au niveau technique, quel est le surfeur qui t’impressionne le plus ?

John John m’impressionne beaucoup. Après, je dirais Dane, forcément. Mais par contre je n’aime pas du tout ce que fait Mitch Crews (qualifié pour le WT 2014, ndlr) par exemple. Au final, ce qui m’impressionne le plus, ce sont les mecs à l’aise quand c’est vraiment gros. Les airs, c’est hallucinant, mais il y a moins de conséquences et il n’y en a pas énormément qui sont vraiment bons. Dans les grosses vagues, il commence à y avoir pas mal de monde, les gars ont vraiment repoussé les limites.

Calif © B. Bonnarme

Est-ce que maintenant que tu as moins de pression et d’obligations, tu vois le surf autrement, dans le bon sens du terme ?
Je réalise surtout que maintenant, il y a beaucoup de monde à l’eau ! (rires) Je ne sais pas si c’est le fait d’être plus tranquille ou de ne pas avoir surfé dans le coin depuis un petit moment, mais c’est impressionnant.
Je retrouve le plaisir de surfer des vagues pourries, mais tout seul (rires) ! Dès qu’il y a du monde, je vais ailleurs où c’est moins bien, mais où il n’y a personne, et je m’amuse. Niveau surf j’ai besoin d’être tranquille, je n’ai pas envie de batailler ou tout simplement de devoir appeler un photographe pour avoir un shot. Ce n’est pas prétentieux, c’est juste que je l’ai fait pendant longtemps, et t’arrives à un moment où tu veux faire autre chose. C’est génial d’avoir une bonne photo, mais je préfère avoir une bonne session tranquille avec personne que de surfer 4 jours, juste pour avoir des photos, un article…

Visiblement, tu n’as aucun regret, tu sembles plutôt content de ton choix…
Oui, évidemment. J’ai passé mon temps à surfer de mes 15 ans à aujourd’hui. J’ai eu la chance d’être là au moment où tout allait bien dans le milieu du surf, j’ai vraiment été privilégié, donc c’est que du bonheur.

Tu es toujours motivé à bouger, faire des trips ?
Oui, carrément. J’avais mis ça un peu de côté, parce que la musique me prenait beaucoup de temps. Maintenant, on est un peu rodés au niveau des événements, donc je vais repartir. Pas seulement pour les sponsors, mais aussi pour moi, j’en ai besoin.

Interview : Romain Ferrand

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5 commentaires 

Commentaires

    Guitoun - 8 février 2014 à 8 h 35 min Répondre

    Très bonne interview ou on sent une vraie sincérité, pas de langue de bois. Il a profité de son succès, assume complètement de vouloir faire la fête et penser à autre chose, et je trouve même qu’il y a un brin de modestie… Combien de pros européens ont étaient sur le CT??? Merci Tim de nous montrer que le surf est toujours un sport a part, même si on veut nous faire croire qu’il faut porter des slips, soulever de la fonte et dire bro a chaque phrase. Et je conseille également l’interview de Jeremy sur Stab qui pour la première fois pour moi me semble sympathique et surtout honnête sur ce qu’il est au final et non sur ce que les gens veulent croire de lui.

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    Bruno - 7 février 2014 à 19 h 25 min Répondre

    Alors bizarrement, je trouve que ce gars dis des trucs vraiment intéressants. Bien lucide sur la supercherie des surfer pros.

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    Ewan - 7 février 2014 à 14 h 31 min Répondre

    Vraiment décevante cette interview, et en même temps très révélatrice…maintenant on sait pourquoi il y’a si peu de français (voir même aucun français « métropolitain »)sur le World Tour : comme Monsieur Tim Boal ils doivent refuser catégoriquement et systématiquement de faire des efforts et de se donner du mal dans les moments ou justement ça se corse un peu. Je ne dis que le haut surf français est une belle bande de branleurs, mais parfois on se demande tout de même, surtout quand on voit ce genre d’état d’esprit…! Il y’a du travail, de l’entraînement, mais dès que ça devient compliqué ou qu’il faut rendre un peu de ce qu’on reçoit, comme par exemple être capable de pondre un minimum de clips vidéos ou video parts quand on est PAYE POUR SURFER. Franchement quand j’entend ce genre de discours dans la bouche des meilleurs surfers français je me dis qu’on nage en plein délire !

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