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Bonus Mag, Interview

Peyo Lizarazu, la force basque (la suite)

En bonus, la suite (et la fin) du long entretien avec le surfeur basque présent dans le Surf Session de mars, actuellement en kiosque.

Publié le 17 mars 2014

Peyo Lizarazu a des choses à dire. Tellement qu’on n’a pas pu tout caler dans son interview de 8 pages présente ce mois-ci dans le magazine. Pourtant, il aurait été dommage de se priver de toutes ses réponses sur des sujets aussi vastes que la sécurité à l’eau, la médiatisation de Belharra, le surf-business etc. Résultat : on vous balance la suite (et la fin) de ce long entretien avec Peyo ici :

Quel a été ton moment le plus fort sur à Belharra ?

La première session de Novembre 2002, sans aucun doute. Tu peux rajouter la deuxième session de Mars 2003, une plongée avec Max, mon père et mon frère durant l’été 2007. Une autre session d’hiver en janvier 2009 et la dernière session du 7 janvier.

© E. Chauché

MATOS

Le matos a changé en 10 ans ? Les planches par exemple ?

Le matos évolue, mais il faut être patient, car les sessions sont rares. J’ai toujours ma première planche pour nos deux premières sessions à Belharra. C’est une planche que j’avais pu racheter à Laird en 1999. Ça m’a fait bizarre de la retrouver. Mes planches sont maintenant plus courtes et plus lourdes.

Je surfe la même planche depuis 2006. Avec une session par an, je n’éprouve pas le besoin de changer de matériel. C’est toujours difficile et long de faire évoluer son matériel. Tu peux tester tes planches pour Belharra dans des « petites » conditions ailleurs à Hossegor ou au large de Guéthary, mais c’est tellement différent que c’est presque inutile.

Cette année, après 4 sessions en l’espace de quelques mois, je pense être en mesure de savoir ce qui pourrait me faire aller un peu plus loin à Belharra. Philipe Barland (le shaper de Peyo, ndlr) a deux trois idées qui me plaisent. On verra.

La planche utilisée lors de la session du 16 décembre dernier - © E. Chauché

SÉCURITÉ

L’accident : tu y penses, pour toi ou les autres ?

Comme tous les accidents. Il ne faut pas ignorer cette éventualité mais je fais le maximum pour les éviter pour max, moi et les autres.

J’ai un petit rituel perso quand je sors à Belharra. C’est assez intime mais je n’ai pas de problème à le partager. Ma mère est originaire de Ciboure. Sa famille est assez nombreuse, avec des grands oncles toujours vivants, ancien pêcheurs, ancien expatriés aux États-Unis, des Basques qui ont vécu des vies mouvementées, qui ont vu Belharra depuis des décennies et pour qui Belharra a toujours été synonyme de danger. Je sais que ma mère n’aime pas que j’aille à Belharra. Je la comprends. Néanmoins, quand je prévois une sortie, je lui dis clairement, sans lui cacher, juste pour la prévenir. Elle me dit juste, « je n’aime pas que tu ailles la-bas ». A mon retour, c’est aussi la première personne, avec ma copine, que je préviens. Pour lui dire que tout s’est bien passé, qu’on est revenus à terre.

“J’aime bien faire des parallèles avec la montagne pour expliquer les enjeux autour de Belharra”

En 2004, tu redoutais l’accident pour un surfeur non préparé et la réglementation prohibitive qui aurait pu en découler et pénaliser les locaux. Aujourd’hui, où en est-on ?

Peyo en SUP à Belharra en décembre 2012 © E. Chauché

Aujourd’hui nous n’avons pas eu d’accident donc le problème ne se pose pas. J’aime bien faire des parallèles avec la montagne pour expliquer les enjeux autour de Belharra. Nous avons la chance d’avoir un domaine de haute montagne vaste en France. Les visiteurs sont nombreux, les accidents aussi et certains sont mortels.

J’ai pu échanger en Janvier dernier avec Francois Pallandre, le mari d’une amie vivant à Chamonix. C’est un guide de haute montagne respecté. Il est aussi formateur au sein de la compagnie des guides de Chamonix. Les guides de haute montagne ont des discussions depuis des années avec les autorités. Ces discussions nous aideront pour Belharra, j espère. Ces guides sont contre les interdictions préfectorales d’accès au domaine naturel. Leur raison est simple : pour interdire il faut définir une ligne rouge au-delà de laquelle on ne peut pas aller. Leur argument essentiel réside dans le fait de demander sous quelles conditions on peut déplacer ou supprimer la ligne rouge imposée. Les paramètres sont tellement vastes. Les guides préfèrent voir chacun se responsabiliser. C’est la même chose en mer : les paramètres sont nombreux. Tout peut aller très vite, passer d’une journée exceptionnelle à un cauchemar. Sacré mission que définir des critères pour ces situations. C’est la même chose dans toutes les situations extrêmes, en mer et en montagne, même si perso je trouve la mer moins sournoise que la montagne.

Il y a donc un vrai laisser-faire en France, les pratiquants sont responsabilisés, ce qui peut paraitre surprenant quand tu connais la France et que tu as vécu à l’étranger. Il y a aussi le principe de la gratuité des secours en milieux naturels. C’est bien. Quand tu regardes en détail ce genre de sujets, c’est intéressant, ça fait réfléchir. La France est ainsi faite. Je trouve ça vraiment bien. Je trouve que certains prennent des risques bien plus inconsidérés, dans d’autres sports ou durant la vie de tous les jours. Mais cela ne doit pas se transformer en foutoir.

Peyo, le 7 janvier à Belharra. Au line-up ce jour-là, Shane Dorian, Jamie Sterling ou Twiggy Baker © Daz

“Une chose est certaine, ils en ont mangé beaucoup plus que moi”

Comment s’est déroulée la session avec Shane Dorian, Jamie Mitchell ? Tu apprécies le fait de voir ces gars débarquer sur le spot ? (voir vidéo)

Il est toujours intéressant de voir des gens qui maitrisent bien leur sujet. Ça s’est bien passé. Tout le monde a eu ses vagues. Une chose est certaine, ils en ont mangé beaucoup plus que moi. Je pense être bien entrainé. Je n’ai pas encore le même matériel de sécurité qu’eux, je n’ai pas de gilet gonflable ce qui fait une grosse différence. Je fais donc très attention. Max n’a pas voulu surfer durant cette session. Il était un peu blessé. Il a passé la journée à s’occuper de moi. Je lui en serai toujours reconnaissant. Il se rattrapera la prochaine fois.

Quels conseils donnerais-tu à un amateur de grosses vagues pour imaginer passer le cap et pouvoir surfer à Belharra ?

C’est un apprentissage très long. Il faut effectivement passer un cap car localement, c’est difficile de trouver des marches intermédiaires entre le pic de La Nord à Hossegor ou Parlementia à Bidart/ Guethary et ce qui se passe à Belharra. Il faut prendre le temps, comme nous l’avons pris avec Max. Le temps de se connaitre, dans l’eau, hors de l’eau, dans la vie, les galères, le bonheur. Ne pas bruler les étapes, trouver un partenaire de confiance, se donner les moyens.

“Je dois avouer prendre beaucoup de plaisir sur des vagues minuscules”

STAND-UP PADDLE

Parlementia © E. Chauché

Quelles sont les vagues qui t’intéressent le plus en SUP ? Entre le tow in et le SUP, est-ce que tu sors encore tes planches de surf ? Si oui, dans quelles conditions ?

Toutes les vagues m’intéressent en surf debout à la rame : les petites, les grosses, les moyennes alors qu’en tracté c’est Belharra uniquement. En planche, sans rame, c’est plutôt aussi à partir d’1,5 mètre. Par contre en SUP, c’est le plaisir dans toutes les conditions. Je dois avouer prendre beaucoup de plaisir sur des vagues minuscules.

Le surf debout à la rame n’est pas le problème, la population croissante des gens qui veulent profiter des vagues, la surpopulation  est le problème.

J’ai appris le surf à partir de 5 ans à Hendaye. A l’époque, trouver du matériel de surcroit pour des enfants, c’était une mission. Ma première planche a été fabriquée par mon père, j’utilisais des combinaisons de plongée. Commencer le surf aujourd’hui, ce n’est pas un cadeau. Le matériel est certes beaucoup plus facile à trouver, mais l’élément essentiel, les vagues, sont « chères ». L’offre en vagues est toujours la même, mais le nombre de pratiquants a explosé. Il y a tension. C’est quasi « économique ».

Mentawai © E. Chauché

Oui il y a des problèmes spéciaux avec le sup, des gens qui veulent prendre des vagues alors qu’ils seraient incapables de le faire sans cet engin. Ces situations doivent pouvoir se régler sans trop soucis. Il y a eu le même probleme avec le longboard à la fin des années 80. Les points de vus extrêmes, comme toujours, ne sont pas réalistes, et malheureusement, ce sont ces points de vus qui font le plus de bruit. Là encore, je suis convaincu que tout le monde  trouvera sa place naturellement.

“Je crois dans le futur du surf”

SURF BIZ

Aujourd’hui, quel est ton métier, ton rôle dans le surf business ?

Après 7 années dans le marketing et 10 années dans le commerce en Europe et en Amérique du Nord, je prends maintenant la direction de l’innovation.

Le surf business est en pleine mutation, tu en penses quoi ?

On a vécu une période de croissance incroyable. La pratique du surf me fait toujours rêver. Je pense ne pas être le seul dans ce cas. Je crois dans le futur du surf.

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Peyo Lizarazu dans le Surf Session de mars, actuellement en kiosque et également dispo sur iPad et tablettes Android (mag enrichi).

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2 commentaires 

Commentaires

    Bernard - 18 mars 2014 à 11 h 06 min Répondre

    Rien à voir avec son frère!!!

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    Steph40 - 18 mars 2014 à 0 h 01 min Répondre

    Bon, personne ne me croira si je dis ça, mais tant pis… En 1993, alors au lycée Malraux en section Surf Etudes avec PL, j’avais envoyé pour rire la question suivante sur 3615 SURFSESSION : « Quand ferez-vous enfin un article sur Peyo ??? » Réponse cinglante du chargé de secrétariat de l’époque : « Quand il sera champion du monde, ou presque !!! »
    Bon, ben… Avec ses récents résultats en SUP, soit j’avais 20 ans d’avance, soit SS avait 20 ans de retard !!!
    Je me suis toujours dit que ce mec était in-te-lli-gent ! Pas de doute… Chapeau, Peyo !

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