Anthony Walsh, king of POV

Portrait - Rencontre avec celui dont le job consiste à se filmer sous toutes les coutures dans des tubes cristallins...

Par Romain Ferrand - @romainferrand - lundi 21 mars 2016 à 14h11
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Par Baptiste Levrier

On se demande parfois ce qui peut pousser Anthony Walsh à se filmer pour la énième fois dans un tube toujours aussi parfait. Une eau un peu plus turquoise, un nouvel angle, un délire narcissique ? « La raison pour laquelle j'ai commencé à faire ce genre de prise de vues, c'est que souvent, quand je surfais à la maison, aucun photographe n'était présent. »

Un manque que le surfeur australien de Lennox Head comble alors à l'aide de son frangin Stephen, avec qui il alterne temps de surf et prise de vue. De la plage, la pratique évolue dans l'eau : « Il y a une dizaine d'années, j'utilisais des grosses caméras montées dans des sacs à dos... Ça pesait une trentaine de kilos et j'avais un déclencheur dans la main. Petit à petit, j'ai commencé à travailler sur des angles différents, à vouloir installer la caméra sur ma planche, à m'améliorer. »

Trois intérêts convergent alors chez Walshy : se mettre des tubes, les prendre en photo ou vidéo, valoriser son image et ses sponsors.

À l'époque, peu nombreux sont les surfeurs à oser se lancer dans sur des spots tubulaires avec un tel équipement. On pense bien sûr à Brian Conley, lui aussi engagé dans cette voie avec sa série de vidéos My Eyes Won't Dry dès 2005, ou au surfeur-aventurier Travis Potter qui ramena de son trip en autarcie sur une île indonésienne des vues inédites (Second Thoughts, 2002).

Un peu plus tard, Ken Collins ramène des couv' en se shootant dans le barrel, tout comme le duo Manoa Drollet et Tim McKenna dont une photo termine en première page du magazine que vous tenez entre les mains en 2008. Des initiatives encore rares qui toutes trouvent leur origine dans ce que pouvait faire George Greenough dès la fin des années 60 dans un but plus documentaire qu'égocentrique.

Cinquante ans plus tard, la donne change radicalement. GoPro débarque : plus besoin d'embarquer des kilos de matos sur son dos, tout tient dans la main, au bout du tail ou dans la bouche. Tout le monde peut immortaliser sa session et se prendre pour un héros, comme l'a si bien compris Nick Woodman, le fondateur de la marque.

> Lire aussi : 5 conseils pour mieux utiliser sa GoPro, par Anthony Walsh

NARCISSE DANS LE TUBE

« Se filmer, c'est déjà une façon de se souvenir des choses. Quand je pars en trip, je filme tout et puis de retour à la maison, j'en profite. Je ne m'admire pas dans le tube mais j'aime bien quand ça fait ressurgir des sensations. Ça peut aussi m'aider à améliorer mon style, à percevoir certains détails », témoigne Anthony Walsh, toujours pas lassé de s'observer sous toutes les coutures dans le tube.

Après autant d'années de pratique et de kilomètres filmés dans le barrel, Walsh a développé une expertise certaine dans le domaine : « Les tubes, c'est le mieux. Mais pas trop gros, genre pas plus de huit pieds, sinon on ne se rend même pas compte de la taille. On ne voit plus le haut du tube. La meilleure taille, c'est autour de six pieds. Mais avec une belle lumière, une petite vague peut aussi être intéressante. »

Une façon de rassurer les propriétaires de GoPro dont l'immense majorité se contentera, sa vie durant, de se filmer grimaçant en gros plan vu du nose avant de faire un tout droit dans la mousse. Un stade qui ne concerne pas Anthony Wash, désormais installé à Hawai'i, sur le North Shore d'Oahu, pour mieux disposer des conditions adéquates.

Tant et si bien qu'on se demande quel est le véritable but : prendre des tubes ou bien les capturer, surfer ou se montrer ? « Ça m'arrive encore d'aller surfer sans GoPro, assure-t-il. Quand je vais me caler un petit surf rapide par exemple. Mais je choisis mes trips en fonction de ce que je vais pouvoir tourner comme images. Je réfléchis aux angles qui peuvent convenir, à ce que je dois emporter pour bien shooter. Je voyage avec deux ou trois caméras et beaucoup d'accessoires. Ça dépend où je vais. J'aime bien anticiper. »

Son rêve du moment ? « Skeleton Bay. J'essaye d'y aller depuis cinq ans pour tenter de nouvelles choses, varier les angles. On n'a pas encore vu de clips très originaux tournés là-bas. Peut-être que la vague ne le permet pas. Mais même sans GoPro, c'est une vague que j'aimerais surfer. »

« Je ne m'admire pas dans le tube mais j'aime bien quand ça fait ressurgir des sensations. Ça peut aussi m'aider à améliorer mon style. »

> Lire aussi : [On a testé] les mouth mounts pour GoPro

INNOVER ET S'AMUSER

Toujours partant pour de nouveaux tests, Walshy partage même ses trucs et astuces avec les meilleurs, Kelly Slater et Shane Dorian dernièrement. Réglages, buée, gouttes d'eau, tout ça n'a plus de secret pour lui : « Mon angle favori, c'est par derrière. Le plus souvent, j'utilise un mouth mount, sauf si c'est vraiment gros. C'est un accessoire facile à gérer et je peux aussi le prendre dans ma main pour placer la caméra derrière moi. La lumière est très importante : le matin ou en fin d'après-midi, c'est ce qui fait une belle vidéo. »

Sa plus grande réussite reste ce clip ramené de Teahupo'o au cours duquel la caméra, montée sur une perche fixée dans son dos, traverse la lèvre à plusieurs reprises. « Tout le monde était bluffé », s'en souvient-il encore. Bluffé, Anthony l'est par les vidéos de notre Fred Compagnon national qu'il cite volontiers comme source d'inspiration, au même titre que Jamie O'Brien : « Il a des idées vraiment originales et propose des angles incroyables. Il pense différemment et on sent qu'il s'amuse. »

Passer sa vie à embarquer des caméras là où elles ne se rendent que rarement ne va pas sans conséquences. Sur les traces d'Anthony, une bonne cinquantaine de GoPro gît au fond des océans. « Rien que la semaine dernière à Tahiti, j'ai perdu un dispositif de six caméras utilisé pour tourner en réalité virtuelle (pour le tournage de ce clip, ndlr)... Plus que le matériel, c'est de perdre du footage de qualité qui m'embête... Quand je peux, si j'ai filmé plusieurs belles séquences, je change de GoPro ou j'arrête de tourner pour ne pas risquer de tout perdre. » Un brin obsessionnel mais voilà le prix à payer pour s'afficher détendu dans de telles vagues.

Quant à savoir si le plaisir de contempler le résultat le pousse, lui comme nous, à prendre toujours plus de risques, Anthony pointe un autre responsable : « Plus que les caméras embarqués, les réseaux sociaux nous poussent à aller toujours plus loin »...

Vidéo : un tube à Pipeline, comme si vous y étiez. Un rêve réalisé (par procuration) par Mr Anthony Walsh :



Mots clés : anthony walsh, gopro
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