The ASP Hollywood Tour, Saison 1 épisode 4 : Rio de Janeiro, Brésil

World Tour - Kelly sera toujours Kelly, Rio sera toujours Rio. Les Brésiliens déchantent, Mick et John John sombrent, Jérémy aussi... Mais le sourire de Michel Bourez a retrouvé tout son éclat : l'ASP World Tour croqué façon par Franck Lacaze...

Par Romain Ferrand - @romainferrand - jeudi 15 mai 2014 à 16h50
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Kelly sera toujours Kelly, Rio sera toujours Rio. Les Brésiliens déchantent, Mick et John John sombrent, Jérémy aussi... Mais le sourire de Michel Bourez a retrouvé tout son éclat : l'ASP World Tour croqué façon par Franck Lacaze*.

Le cerveau humain est un organe fascinant. Cette masse gélatineuse qui préside à toutes nos émotions, tous nos actes et qui selon la blague, baignerait dans l'eau salée chez nombre de surfeurs a poussé un (mauvais) jour quelques décideurs de l'ASP à ramener en 2011 le World Tour à Rio de Janeiro, grande mégapole brésilienne connue mondialement pour son carnaval, son Corcovado et ses plages… mais certainement pas pour les vagues qui s'y échouent le plus souvent anarchiquement. Les contingences commerciales et géopolitiques du surf actuel rognent irrémédiablement le “Dream Tour“ imaginé par Wayne Bartholomew à l'orée du 21è siècle.

Mais le cerveau humain est également capable de trier les souvenirs. Occulter les moins agréables pour n'en conserver que les meilleurs. On appelle ça la mémoire sélective. C'est grâce à elle que, dans quelques semaines, quelques mois ou quelques années –selon le degré d'imprégnation saline de votre encéphale- vous aurez probablement oublié les calamiteuses vagues de Barra da Tijuca qui, à quelques exceptions près, auront rendu cette année encore cette 4ème étape de l'ASP World Tour plutôt indigeste. En revanche, nul doute que l'éclatante victoire du Tahitien Michel Bourez restera longtemps gravée dans vos méninges. Pour la postérité.

DANS L'ÉPISODE PRÉCÉDENT

Quelques jours plus tôt, à Bells Beach, Australie…

Le champion du Monde en titre Mick Fanning n'a pas vécu le début de saison espéré avec un quart de finale sur la Gold Coast pour meilleur résultat et une piteuse élimination au troisième tour à Margaret River. On le sait, les années post-titres sont souvent difficiles à digérer pour l' « éclair blanc » qui avait notamment connu de sacrées gueules de bois en 2008 et 2010 après ses deux premiers sacres mondiaux. Mais Bells Beach, vague exigeante qui ne sourit généralement qu'aux têtes couronnées, serait le théâtre idéal pour remettre l'Australien en selle. Sans briller excessivement, mais toujours aussi solide sur ses rails et tactiquement Mick signera un parcours sans faute en disposant successivement de ses compatriotes Wilko, Wright, Wilson avant de conclure triomphalement face à Taj Burrow sur le spot voisin de Winkipop. Une troisième cloche sur la cheminée de Mick Fanning qui le replaçait sur le podium mondial derrière Gaby Medina et Joel Parkinson avant de mettre le cap sur le Brésil.

« SI TU VAS À RIO…

… N'oublie pas de monter là-haut » chantait Dario Moreno quelques années avant que l'Australien Peter Troy n'y introduise la première planche moderne en 1964. Le roi de l'opérette avait bien raison : l'attractivité de la ville réside davantage au sommet de ses fameux pics granitiques plutôt que dans ses spots de surf. Et les cartes postales vidéo relayées régulièrement à l'écran pour passer le message d'un ministère du tourisme carioca, principal soutien financier de cette épreuve ne trompent pas : il n'y est nullement fait mention du surf. Barra da Tijuca, beach break puissant situé au sud-ouest de Rio qui accueille le WCT depuis 2011 (de 2001 à 2010 la caravane du WCT faisait halte à Florianopolis au sud du pays) est tout sauf l'Eldorado que convoitaient les conquistadors en d'autres temps. Le filon est aussi incertain que la syntaxe d'un Ribéry même s'il recèle quelques rares pépites. Et comme pour le parcours du 11 de France qui foulera les pelouses brésiliennes dans quelques semaines lors de la Coupe du Monde de foot, mieux vaut se préparer au pire pour ne pas être déçu.

Et cette édition 2014 ne fera pas exception : hormis les premiers tours surfés dans des vagues plus petites et plus dociles, le line-up va rapidement se révéler illisible dès que la houle va gonfler : la version océanique du champ de patates. Peu d'ouvertures, un courant torrentiel et un clapot omniprésents qui vont être fatals à beaucoup de compétiteurs, et pas les moindres…

LA ROULETTE BRÉSILIENNE

Dans ces conditions totalement aléatoires où la stratégie tiendra autant de place qu'un bikini d'Alana Blanchard de nombreux favoris vont donc disparaître. Chez les filles, exit Steph Gilmore éjectée d'entrée (13ème) par la wild card locale et ex-surfeuse du WCT Silvana Lima qui rappellera aux jeunettes que malgré son âge canonique (29 ans quand même), elle fut la précurseur du surf aérien féminin.

Puis ce sera le tour de Mick Fanning. Comme Michel Bourez vainqueur à Margaret River et éliminé d'entrée à Bells, le lauréat de Bells va lui aussi chuter dès le second tour (25è) face au local David do Carmo. Autre tête de série coupée précocement : celle de Gabriel Medina, le leader du classement victime d'un Travis Logie qui, en guise de cadeau d'anniversaire pour ses 35 ans va s'offrir une caverne dans les ultimes secondes (9,50 pts) pour coiffer le favori brésilien (13ème). Surtout, l'élimination de Gaby va initier la déroute des surfeurs auriverde. Après Monteiro et Pupo au round 2, Toledo, Do Carmo, André et Muniz vont s'effacer successivement, laissant De Souza porter seul les espoirs d'une nation à l'aube de l'ultime journée de compétition.

La défaite de Mineirinho n'en sera que plus spectaculaire : dans la première série du jour face à un Kelly Slater dont il était la bête noire depuis 2010 (6 victoires en autant de confrontations pour le Pauliste), le finaliste de l'an passé va se perdre dans un Atlantique barrant de Terre Neuve jusqu'en Patagonie, ne trouvant sa seule vague qu'à 30 secondes du terme. Du jamais vu dans la carrière d'un surfeur pourtant réputé l'un des plus sélectifs du World Tour.

Rideau également sur les ambitions des jeunots John John Florence et Julian Wilson battus respectivement par Sebastian Zietz et Kolohe Andino dès le round 3 et dont l'embellie du Rip Curl Pro (3èmes) aura été aussi fragile qu'éphémère.

Le 9,50pts de Travis Logie que Medina n'avait pas vu venir. - ©ASP / Smorigo

OS FRANCESES

La situation commence à être critique pour les deux Réunionnais du WCT. Face à une Sally Fitzgibbons retrouvée à Rio et future vainqueur de sa compétition préférée, Johanne Defay est envoyée au second tour où elle s'incline (13ème) d'un souffle face à l'Hawaiienne Coco Ho malgré la meilleure vague de la série (7,87 pts). Scenario identique pour son “parrain”, Jérémy Florès que la guigne ne veut décidément pas lâcher : sur une planche performante et après avoir donné la réplique à Parko au round 1, il chute au tour suivant face à Zietz malgré une belle attaque backside et un total (14,70 pts) qui lui aurait permis de remporter 9 des 12 séries du round 2. Respectivement 16ème et 30ème sur le WCT, le salut des Réunionnais dans l'élite va certainement passer par le circuit qualificatif.

Le sourire retrouvé mais de la frustration malgré tout pour Pauline Ado qui parvient enfin à franchir le tour 3 aux dépens de Silvana Lima. Quelques jours plus tard, opposée à la puissante Lakey Peterson en quarts de finale Popo prend le départ parfait avec un tube très landais (7,83 pts) qui la propulse en tête. Mais faute de back up elle s'incline de 0,20 sur une réaction de dernière minute de la Californienne. Rageant. Douzième après le Brésil, la course au maintien sera intense.

Pauline Ado en action lors du quart de finale face à Lakey Paterson ©Paulo Henrique Cosa Blanca

AND THE WINNERS ARE ?

Les vainqueurs de la ruée vers l'or brésilienne seront donc les plus aptes à retenir les rares vagues à potentiel dans leur tamis. Point d'Eldorado dans le torrent de Barra da Tijuca mais quelques pépites ça et là. Les sénateurs Kelly et Taj Burrow, le tenant Jordy Smith, le ressuscité Bede Durbidge ou les outsiders Zietz et Andino sauront le mieux exploiter le maigre filon carioque pour atteindre les quarts.

Comme souvent, la plus grosse pépite sera pour King Kelly ! Le chauve va nous offrir sa seule fulgurance divine dans sa série face à Mineirinho : une gauche aussi vorace qu'un anaconda amazonien dans laquelle il va s'engouffrer sans grab avant de s'en extirper miraculeusement. Expertise unanime : 10 carats (lisez 10 points). Mais Slater paraîtra soudainement rattrapé par son âge deux tours plus tard, en demi-finale dans des conditions radicalement différentes avec une gauche fuyante et plus petite. Opposé à Kolohe Andino –version yankee de Julian Wilson, en plus formaté, plus prévisible et moins sexy, et dont le parcours brésilien a dû faire la fortune de quelques bookmakers visionnaires… ou inconscients- les manoeuvres du Floridien ont soudainement paru moins incisives que celles de son cadet de 22 ans qui arrachera la première finale de sa jeune carrière sur un ultime air reverse.

Le 10 de Kelly  :



MICHEL DO BRASIL

Après avoir dominé Parko dans une série extrêmement difficile au round 5, puis le tenant Jordy Smith en quarts et Taj Burrow en demi-finale grâce à deux vagues salutaires négociées en moins d'une minute, Michel Bourez a eu le mérite de ne pas prendre l'inattendu Andino à la légère lors de l'ultime duel.

Face au bankable Californien avec qui il partage le même sponsor mais sans doute pas le même chèque, le Spartan a opposé sa confiance du moment et cette puissance inégalable pour dénicher deux gauches compliquées dès le coup de trompe. Andino qui fut si fringuant tout au long de la journée sembla à court de carburant, à l'image de Josh Kerr lors de la finale de Margaret River. Et malgré une ultime et prévisible envolée, le blondinet de San Clemente ne revint jamais.

Sans doute Michel Bourez n'a-t-il jamais entendu parler de Dario Moreno, mais il a fait siennes ses paroles : « Si tu vas à Rio, n'oublie pas de monter là-haut »… Au sommet du podium. Et pendant que la francophonie du surf jubilait devant ses écrans, Michel Bourez évoquait en interview post-victoire la possibilité du titre mondial… On veut bien y croire, à condition de trouver enfin la régularité qui lui a jusqu'ici fait défaut.

Michel Bourez, 4ème après Rio, et plus qu'attendu lors de la prochaine épreuve de Fidji... ©ASP / Smorigo

DANS LE PROCHAIN ÉPISODE

Votre cerveau et votre mémoire sélective auront tôt fait d'oublier les rivages incertains de Rio pour se projeter vers les rivages attendus de Fidji, théâtre de ce qui est chaque année –lorsqu'elle figure au calendrier- la compétition la plus hallucinante de la saison. Surfée à Cloudbreak ou Restaurants, deux gauches de récif cylindriques situées à proximité de l'île privée de Tavarua, et propices au longs tubes ET aux manoeuvres, la 5ème étape du calendrier (qui accueillera également les filles pour la première fois un peu plut tôt) devrait cette fois encore nous offrir un spectacle hallucinant avec dans le premier rôle un Kelly Slater qui y règne en maître absolu… Et qui pourrait y consolider sa place d'actuel numéro un. Ah oui, vous avais-je dit que le Divin chauve est de nouveau en tête du classement mondial… avec un Tahitien affamé à ses trousses ?

Coup d'envoi dans la nuit du 31 mai au 1er juin.

Kelly, maître incontesté de Cloudbreak - ©Christie/Volcom

 > LIRE AUSSI :

- L'interview de Michel Bourez après Rio

- L'interview de Pauline Ado après Rio

- La chronique #1 de Franck Lacaze après Snapper Rocks

- La chronique #2 après Margaret

- La chronique #3 après Bell's Beach

* @francklacaze : ancien surfeur pro, rédacteur en chef du magazine Trip Surf de 2000 à 2007, commentateur de toutes les épreuves de l'ASP World Tour sur la chaine MCS Extrême (Canalsat 127 ou Numéricable 153).

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