The ASP Hollywood Tour, Saison 1 episode 9 : Hossegor

World Tour - John John gagne enfin, Gaby ne lâche rien, ses poursuivants perdent du terrain et Johanne assure (quasiment) le maintien...

Par Romain Ferrand - @romainferrand - mercredi 8 octobre 2014 à 17h10
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John John gagne enfin, Gaby ne lâche rien, ses poursuivants perdent du terrain et Johanne assure (quasiment) le maintien... Ca sent la pomme de pin sur l"ASP Hollywood Tour !

Par Franck Lacaze*

C'était forcément une injustice. Jusqu'à son triomphe français John John Florence, 22 ans dans quelques jours, n'avait surfé que trois finales pour une unique et lointaine victoire au Brésil à ses débuts sur le WCT en 2012. En demies, ce n'était guère mieux : trois maigres succès pour huit accessions dans le dernier carré. Manque de constance, inexpérience et décisions contraires (sa demi-finale historique à Tahiti face à Slater en est le plus cinglant et récent exemple) lui ont souvent coûté des victoires promises. Dès lors, voir “Double Jay“ atteindre à Hossegor une deuxième finale consécutive et y triompher d'un valeureux Jadson André dans des conditions hawaiiennes ne pouvait que ravir la masse croissante des fans du natif d'O'ahu. Fans qui ont depuis longtemps décelé derrière ce visage poupon et cette apparente nonchalance l'un des plus grands (le plus grand ?) talents du futur. En cette saison 2014 qui voit Gabriel Medina, 20 ans, s'approcher à grandes enjambées d'un premier titre mondial historique pour la nation auriverde et l'émergence d'une nouvelle génération emmenée par John John, Kolohe et Filipe, le futur n'a jamais été aussi proche.

Dans l"épisode précédent

Quelques jours plus tôt à Trestles, huitième étape de l'ASP World Tour…

John John était déjà passé tout près de son deuxième succès sur le WCT. Impérial jusqu'en finale dans le temple californien du surf progressif, l'ange blond survola les débats au propre comme au figuré, signant même une hallucinante démonstration au round 4 avec pas moins de cinq vagues notées au-delà de 9 ! La victoire finale ne pouvait décemment pas lui échapper pensions-nous. C'était oublier ce lourdingue (86 kilos sur la balance, cheveux secs) mais génial Jordy Smith, plus sélectif dans un ultime duel plutôt décevant sur la forme... Il était donc écrit que “Jean Jean“ devrait encore patienter… Quelques jours tout au plus.

John John a su apprivoiser les conditions difficiles du spot lors des derniers jours - ©ASP/kirstin

Aux Gardians, les tubes sont bien gardés

Rendez-vous habituel de l'élite du surf mondial, le Quik Pro France (depuis 2002) et le Rip Curl Pro (de 1987 à 2000) ont régulièrement distillé des tubes qu'on s'empressait de compiler généreusement dans des résumés vidéo pour mieux faire oublier que cette halte française est la plus compliquée à boucler de toutes les étapes du WCT. Bancs de sables aléatoires, houles capricieuses, marées d'équinoxe et météo automnale incertaine ont toujours joué avec les nerfs des différents directeurs de compétition. Et Alain Riou, fraîchement promu à ce poste ingrat et exposé n'y échappera pas. Les privilégiés dûment accrédités squattant l'imposant site de compétition, réplique terrestre du porte-avion USS Nimitz dont l'ASP version ZoSea s'est inspirée pour ostensiblement affirmer sa récente prise de pouvoir auront dû attendre la fin de la période d'attente pour voir les tubes s'éveiller sur le spot des Gardians. L'attente en valait la peine.

Une 3ème place à la "maison" pour Johanne - ©ASP/Poullenot

Frenchies : Defay l"a fait !

Rapidement expédié, le contest féminin n'aura donc pas eu son lot de barrels. Mais il aura permis à l'épatante Johanne Defay d'atteindre une nouvelle demi-finale (3è) d'un contest écrasé par une époustouflante Tyler Wright –quatre vagues à 9 en finale face à la revenante Courtney Conlogue. Mieux, pendant que les hommes concluaient leur compétition en France, la Réunionnaise signait un nouveau quart-de-finale à Cascais au Portugal pour assurer quasiment sa requalification avant même l'ultime étape hawaiienne. Maintien en fins pointillés en revanche pour Pauline Ado, 14è du WCT qui espérera une fin de saison tonitruante sur le WQS pour connaître une cinquième saison dans l'élite (elle est nbso actuellement 11è du circuit qualificatif et seules les six premières rejoindront le WCT en 2015. Il reste trois épreuves). Nouvelle déception également pour Jérémy Florès qui n'aura toujours pas franchi le troisième tour dans son épreuve nationale. Après une victoire autoritaire face à Mick Fanning et Filipe Toledo au round 1 -sa meilleure série de la saison- le Français sera incapable de rééditer pareille performance au round 3, aussi apathique que l'Atlantique face à un Gabriel Medina emprunté qui semblait pourtant à sa portée. Scenario quasi identique pour Michel Bourez (13è) avec qui les vagues auront joué à cache-cache dans son opposition face à Matt Wilkinson. La fin d'année sera sans enjeu pour l'un des grands animateurs de la saison.

Résultat en demi-teinte à Hossegor pour Medina, qui conserve malgré tout sa solide place de leader du classement - ©ASP/Kirstin

Course au titre : Gaby ne lâche rien

Pour chercher de l'enjeu, il fallait évidemment lorgner du côté du top 5 et notamment vers la chasse au n°1 mondial, Gabriel Medina qui reste accroché à son dossard doré de leader comme un pou à la tignasse de Wilko. Mais de chasse il n'y aura point. Le premier à rendre les armes sera Joel Parkinson dès le round 3 (13è) face au très pieu Jadson André parti en mission pour son salut… dans le WCT. Le quadruple vainqueur et tenant Mick Fanning capitulera peu après (9è), sorti dès le round 5 par celui qu'il ne fallait surtout pas affronter dès que les tubes ont enflé sur l'insaisissable spot des Gardians : John John Florence, auteur dans cette série du meilleur total de l'épreuve : 19,50 points (10 9,50) ! Si Parko et Fanning ne profiteront pas du faux-pas relatif de Gaby en quarts (5è), les regards vont aussitôt se porter vers celui qui n'a plus rien à craindre des poux depuis belle lurette : Kelly Slater.

Toujours en lice à l'aube du dernier jour, le Floridien va se perdre au large à son tour, incapable de trouver la moindre bombe face à un Jordy Smith pourtant moins transcendant qu'à Trestles. Encore une occasion manquée pour le Divin Chauve (5è) qui hypothèque une nouvelle fois ses espoirs de do-décupler le nombre de ses titres mondiaux. L'éternité attendra.

Jadson, touché par la Grâce lors des demi-finales face à Jordy Smith. En finale, c'est John John qui le mettra rapidement sur la touche... - ©ASP/kirstin

Double Jay, double dose de plaisir

Les suspects habituels ayant vu leurs espoirs engloutis dans un line-up que seul le magicien blond d'O'ahu aura véritablement dompté, ce Quik Pro France va donc accoucher à l'approche du verdict d'affiches plutôt inattendues. Quelques Brésiliens dont émergera un surprenant Jadson André. L'hyperactif goofy du Natal aura multiplié les plus longues apnées du contest et une amitié durable avec les pilotes de la water patrol derrière lesquels il passa beaucoup de temps... Et quelques bombes. L'Australien de service n'était pas forcément le plus attendu non plus : Josh Kerr, tombeur de Medina, n'avait plus franchi le cap du round 2 depuis 2007. Les présences de Jordy Smith et John John Florence lancés sur leur dynamique californienne étaient évidemment plus prévisibles.

Jadson, Josh, Jordy et John John. Il fallait visiblement posséder un prénom commençant par la lettre J pour prétendre au dernier carré. En posséder deux semblait donc un avantage indéniable pour “Double Jay“ qui compta surtout sur un sens marin et un talent hors du commun pour surfer des tubes qu'aucun de ses adversaires ne sut dénicher et accrocher ce deuxième trophée archi mérité à un palmarès qui devrait logiquement enfler dans les années à venir…

Dans le prochain épisode

Cap au sud ! Le Rip Curl Pro Portugal, deuxième étape européenne et avant-dernière épreuve du calendrier se déroulera à Supertubos, non loin du port de Peniche. Si les odeurs pestilentielles de sardine pourrie ne sont plus portées jusqu'au line-up lors des jours de fort offshore depuis la fermeture de la conserverie voisine, ce beach break extrêmement puissant produit toujours ces tubes qui lui ont valu le surnom de “Pipe portugais“. Sauf cataclysme, Gaby Medina qui y fut un finaliste larmoyant en 2012 devrait faire un pas supplémentaire vers son Graal. Coup d'envoi le 12 octobre.

* @FranckLacaze : ancien surfeur pro, rédacteur en chef du magazine Trip Surf de 2000 à 2007, commentateur de l'ASP World Tour sur la chaine MCS Extrême (Canalsat 127 ou Numéricable 153).

> LIRE AUSSI

- La chronique de Franck Lacaze après Trestles

- La chronique après Teahupo'o

- La chronique après J-Bay

- La chronique après Fiji

- La chronique après Rio

- La chronique après Bell's Beach

- La chronique après Margaret

- La chronique après Snapper Rocks

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COMMENTAIRES (1)
bubz - le 08/10/2014 à 18:00
le tour commence vraiment a être interessant avec le melange des deux generations, presse de voir le premier sacre de medina (qui le merite amplement, avec deja trois victoires...) ainsi que la saison a venir...
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