Certaines histoires s’écrivent loin des projecteurs. Elles prennent forme à l’aube, quand la plage est encore vierge, que l’océan respire lentement et que les décisions se prennent sans bruit, sans calcul, sans quête de reconnaissance. Max Fernandez appartenait à cette lignée rare de femmes et d’hommes qui bâtissent des fondations solides sans jamais chercher la lumière.
À Lacanau, son nom est intimement lié à une aventure devenue emblématique : le Lacanau Pro. Bien avant que l’événement ne s’impose comme une référence européenne, il y eut une intuition, presque une évidence. À la fin des années 1970, alors que le surf français cherchait encore ses repères, Max Fernandez a cru à la force de l’océan, au potentiel des jeunes talents et à l’idée qu’une compétition pouvait dépasser le simple cadre sportif pour devenir un rendez-vous culturel, humain, générationnel.
Le Lacanau Surf Club
Le Lacanau Surf Club, fondé en 1968, est le terreau de cette ambition. En 1978, une réunion décisive se tient sous l’impulsion de René Guillet et Patrice Chranz (Atlantic Surf Shop), aux côtés de Max Fernandez et de Francis Boutrois, membres du bureau du club. Ensemble, ils décident de créer une compétition réunissant les meilleurs surfeurs professionnels et amateurs.
La première édition voit le jour en 1979, marquée par une finale d’une intensité rare entre l’Américain Greg Loehr, surfeur professionnel venu de Floride, et le Français Bernard Capdepont. L’histoire est en marche.
Lacanau Pro
En 1983, le Lacanau Pro franchit un cap majeur en devenant une étape du circuit professionnel mondial ASP. Entre-temps, en 1982, un symbole fort s’impose : Thierry Fernandez, fils de Max, devient le premier Français à remporter l’épreuve. Champion d’Europe en 1985, multiple vainqueur sur le circuit européen EPSA et au niveau national, il incarne à lui seul la transmission chère à son père — celle du savoir, du respect de l’océan et de l’exigence sportive.
Ceux qui ont côtoyé Max Fernandez évoquent un homme rigoureux et profondément humain. Un homme qui savait écouter avant de décider, fédérer sans contraindre, faire confiance sans naïveté. Pour lui, le surf n’était pas seulement un sport, mais une culture, un langage commun face à l’océan, un lien entre les générations. Il voyait plus loin que l’instant, plus large que l’écume.
Les Français qui ont également remporté le Lacanau Pro
Il faudra attendre 27 ans pour qu’un autre Français s’impose à Lacanau : Joan Duru, vainqueur en 2009 puis en 2016. En 2019, le sable canaulais célèbre un doublé tricolore avec Maud Le Car et Marco Mignot, aujourd’hui engagé sur le World Tour CT 2026. En 2025, c’est Sam Piter, surfeur d’Hossegor, qui inscrit son nom au palmarès du Caraïbos Lacanau.
Aujourd’hui, le départ de Max Fernandez laisse un vide discret mais immense. Un silence semblable à celui de la plage au petit matin. Pourtant, son influence demeure. Elle vit dans l’histoire du Lacanau Pro, dans la place qu’occupe désormais le surf français sur la scène internationale, dans cette fidélité à l’esprit des origines que beaucoup s’efforcent encore de préserver.
Max Fernandez n’était pas un homme de lumière. Il était un homme de fondations. Et c’est précisément pour cela que son héritage résiste au temps.
Toute notre affection et nos sincères condoléances à la famille de Max, ainsi qu’à ses proches et à ses amis.





