Le Wakashio s'est fendu en deux

Accidents - Le constat du naufrage dans un premier temps rassurant, tourne de plus en plus à la catastrophe.

Par - @surfsessionmag -
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L'île Maurice connue pour l'éco-système corallien qui l'entoure sombre au rythme du Wakashio. Depuis samedi, le vraquier japonais est désormais éventré au large des plages mauriciennes. Selon le propriétaire japonais Nagashiki Shipping, le bateau s'est "cassé en deux".

Pourtant, il y a quelques jours encore, les autorités dressaient un rapport rassurant quant à la situation du navire. On ne sait pas encore si on peut parler de négligence vis à vis des autorités, bien qu'elles soient pointées du doigt, mais il faut reconnaître que minimiser les dégâts du naufrage d'un navire rempli d'hydro-carbure interroge. Les exemples de marées noires dans le passé n'ont certainement pas dû effrayer dans un premier temps le capitaine du bateau. Le marin japonais n'a en effet pas tenu à écouter les gardes-côtes mauriciens qui, à maintes reprises, l'ont sommé de changer de cap et de s'éloigner des côtes.

Suite à cet accident et à la gestion discutable de la situation depuis le 25 juillet, le gouvernement mauricien n'a pas souhaité présenter ses excuses


Quid de l'avenir de l'épave ?

Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu a évoqué l'avenir de l'épave et les risques encourus pour l'île de la Réunion.

"Ce que l'on peut redouter pour La Réunion c'est la projection de boulettes d'hydrocarbures sur un certain nombre de nos côtes. Au moment où je vous parle, nous n'avons enregistré ou rencontré aucun dépôt de ce type. Mais la mer est mauvaise, et elle va l'être pendant 3 ou 4 jours. On se doit d'être vigilants, vigilance qu'il faut accroître en fonction des manœuvres de remorquage qui pourraient être décidées par le gouvernement de Maurice sur deux morceaux de l'épave."

Pour rappel, le naufrage a eu lieu le 25 juillet dernier avec 3 800 tonnes de fioul et 200 tonnes de diesel dans les cales. La coque du bateau s'est ensuite fissurée pour laisser s'échapper pas loin de 1 000 tonnes dans les eaux mauriciennes. Dans la précipitation, les autorités de l'île, aidées par un soutien français et indiens, ont pompé le reste des hydrocarbures restant à bord. 




Les équipes dépêchées tardivement étaient prêtes à intervenir mais n'ont pu le faire qu'à partir du moment où les autorités mauriciennes l'ont demandé. Cette action tardive à laquelle s'ajoute une houle qui pourrait dépasser les 4 mètres dans les jours à venir menacent le bon déroulement de la gestion de l'épave et des tonnes de fuel qui vagabondent dans l'océan Indien. Il n'y a pas vraiment de quoi se réjouir d'autant plus lorsque le ministre évoque le sort réservé à la carcasse du Wakashio.

Trois experts français vont donner leur expertise sur la gestion de la coque scindée en deux

Il existe plusieurs alternatives, le bateau étant échoué sur un récif de corail. La vision d'un fantôme métallique écrasé sur les coraux qu'il a déjà bien assez fait souffrir n'est pas la solution souhaitée. Cependant, ce sont les leviers économiques qui détermineront la manière dont l'épave sera évacuée et l'endroit où elle sera coulée. Autre solution envisagée par le ministre Lecornu : l'épave sera déconstruite.

"L'armateur japonais a derrière lui des assurances qui veulent bien faire les choses mais le font dans une logique économique. Nous on est dans une logique avec une approche environnementale, pour protéger la biodiversité et les côtes réunionnaises. Le Premier ministre a accepté d'entendre les arguments de nos experts pour s'assurer que les décisions prises sur l'épave soient les bonnes. Soit couler l'avant de l'épave au grand large, ce qui n'est pas notre préférence au moment où je vous parle, ou prendre plus de temps, le remorquer et le déconstruire ailleurs."

Déplacer l'épave coûterait trop cher

Le matériel nécessaire pour déplacer l'épave sans abîmer davantage le récif corallien qui la porte ne se trouve pas sur place. Il faudrait faire venir des grues flottantes onéreuses, ce qui refroidit les autorités mauriciennes qui ne s'estiment pas responsables de cet accident. Même son de cloche chez les assurances. 

On se permet de préciser que ces mêmes assurances qui visiblement comptent leur sous devant le désastre, seraient une des principales responsables de l'intervention tardive sur le Wakashio. Plus occupées à négocier avec Nagashiki Shipping qu'à prendre des décisions rapides pour limiter au maximum les pertes environnementales, ces assurances ont perdu de précieux jours à essayer de défendre leurs intérêts plutôt que ceux de la nature que leur client a endommagé. Le propriétaire japonais de son côté ne perd pas totalement face puisqu'il se dit « profondément conscient de ses responsabilités » et annonce qu'il répondra aux sollicitations quand viendra le sujet des possibles compensations. 

Une situation désolante à bien des égards tant cet accident était évitable et sa résolution réalisable avec bien plus d'efficacité. Bien que les compensations financières seront certainement utiles, les années nécessaires à la reconstitution du récif corallien ne pourront pas se racheter. D'autant plus lorsque l'on connaît la richesse de l'éco-système qui y vit.

Selon Happy Khambule de Greenpeace Afrique, des espèces uniques et propres à ce récif "sont en danger immédiat". Avant d'ajouter que ce naufrage est  "la pire catastrophe écologique" qu'ait connue l'île Maurice


Agir pour ne plus reproduire ces erreurs 

Corinne Lepage, l'ancienne ministre de l'écologie a livré dimanche dernier ses impressions au micro de France Info sur les raisons du naufrage et sur la manière de gérer ce type d'événement. Elle établit un lien entre l'accident du Wakashio et celui d'Erika en 1999. 

"Généralement ces affaires-là ne se terminent pas bien. On a des visions plutôt rassurantes au départ et puis ça se termine toujours de la même manière."

L'actuelle présidente du rassemblement citoyen Cap 21 dénonce la circulation de "bateaux poubelles" et une législation internationale bien trop laxiste. "En Europe (...) nous n'avons plus de catastrophe, tout simplement parce les bateaux poubelles n'y circulent plus. Et donc, tant qu'on n'aura pas, au niveau international, le même genre de règles qui font que ce sont des bateaux sûrs, avec des contrôles effectifs, qui transportent le pétrole, mais aussi les produits chimiques, on n'en sortira pas."

Il est regrettable de relever dans ses mots qu'une catastrophe qui détruit et pollue les océans doit se produire pour obtenir une réaction d'ampleur qui promet de l'efficacité. A la suite de l'incident Erika, l'Europe a décidé d'implanter une réglementation drastique qui impose aux armateurs de faire circuler des bateaux en bon état. 

"Il faudrait des règles absolument drastiques qui n'existent absolument pas (...)  Au niveau international, on vous dira qu'il y a tout ce qu'il faut puisqu'il y a une convention internationale. J'ai vérifié, l'Île Maurice l'a ratifiée, le Japon aussi - le propriétaire du Wakashio est Japonais et le bateau est Panaméen. Il y a des conventions internationales qui indemnisent a minima. Mais ce qui est très important et ce qu'on a fait après le naufrage de l'Erika, c'est de faire payer le préjudice écologique. Il faut que ça coûte très cher et que ce soit plus intéressant pour les pétroliers de faire les investissements qu'il faut, plutôt que de prendre des risques pour l'environnement et les économies locales."

Le drame du Wakashio servira donc d'exemple pour les pays du Sud et forcera probablement les institutions marines à revoir leur réglementation. Il est tout de même triste que la conscience collective ne se mobilise pas avant d'être bousculée par des catastrophes pour éviter à l'avenir ce genre d'incidents. 


Il est important de souligner les efforts des populations locales dans la lutte contre la propagation des traînées destructrices de fuel. Des actions qui dénotent avec la bêtise et la cupidité de certains et qu'il faut soutenir. Un groupe Facebook s'est même créé pour suivre et aider les Mauriciens à sauver leurs plages.

>> Par Julen Bordachar   
          
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