L’océan est notre terrain de jeu. Ce qui se passe sous sa surface nous concerne aussi, même à des milliers de kilomètres de nos spots. Le krill ressemble à une minuscule crevette. Dans l’océan Austral, il nourrit baleines, manchots, phoques et bien d’autres espèces. Il contribue également au transport de carbone vers les profondeurs.
Des navires le pêchent pour produire de l’huile destinée aux compléments d’oméga-3. L’industrie l’utilise aussi dans la nourriture pour animaux et dans l’alimentation de certains poissons d’élevage.
Le 23 septembre, le collectif Antarctic Avengers a lancé un appel mondial au boycott des produits issus du krill antarctique. La campagne Our Antarctica réunit ce collectif. Elle compte parmi ses soutiens la biologiste Sylvia Earle, les photographes Cristina Mittermeier et Paul Nicklen, ainsi que l’acteur Benedict Cumberbatch. Ses membres veulent peser sur les négociations d’octobre concernant l’océan Austral.


©Andy Mann
Un lien inattendu avec le surf

©Shauwn Henrichs
En février 2026, Aker BioMarine a annoncé devenir le sponsor principal de la Norwegian Board Association. Cette entreprise norvégienne commercialise des produits issus du krill. La fédération rassemble notamment le surf, le skateboard et le snowboard. Selon Aker BioMarine, des athlètes des équipes nationales avaient déjà accès à ses produits à base de krill depuis deux ans.
L’entreprise présente ce partenariat comme un soutien à la santé des sportifs, à leur récupération et aux sports de glisse. Pour les défenseurs de la protection du krill, il pose une autre question : faut-il prélever cette ressource au cœur de la chaîne alimentaire antarctique pour produire des compléments destinés, entre autres, aux sportifs ? Le débat porte sur le choix de la ressource et les règles de sa pêche, pas sur les athlètes.
Un appel à mieux protéger l’Antarctique
Selon Our Antarctica, la Norvège a réalisé environ 63 % des captures de krill antarctique entre 2014 et 2024. La campagne lui demande de défendre des règles plus protectrices à la réunion d’octobre de la CCAMLR. Cet organisme international veille à la conservation des ressources marines de l’Antarctique.
Our Antarctica appelle les États à refuser toute hausse des limites de capture. Elle souhaite aussi créer une aire marine protégée dans la zone Domain 1, autour de la péninsule Antarctique. Elle veut mieux répartir les prises entre les zones de pêche.
Cette région n’est pas inconnue des lecteurs de Surf Session. Dans Antarctica: Domain One, les frères Azulay l’explorent et la surfent. Leur film montre aussi la fragilité de son écosystème.
La quantité totale de krill ne suffit pas à décrire le risque. La faune doit pouvoir en trouver près de ses lieux de vie et de reproduction. À terme, la campagne réclame l’arrêt de la pêche commerciale au krill dans l’océan Austral.
La pêche suit déjà des règles. Dans une partie de l’océan Austral, un seuil annuel de 620 000 tonnes limite les captures. La flotte l’a atteint en 2025, puis de nouveau en août 2026. Les autorités ont alors fermé la pêche dans la zone concernée. Cela ne prouve pas, à lui seul, un effondrement du krill. Mais pour Our Antarctica, ces deux fermetures successives montrent l’urgence de renforcer la protection des habitats.
Aker BioMarine défend une autre lecture. Selon l’entreprise, ces fermetures montrent que les règles de précaution fonctionnent. Elle soutient le projet d’aire marine protégée et une meilleure répartition géographique des captures. Elle défend toutefois la poursuite d’une pêche encadrée. Le désaccord porte sur le prélèvement du krill et sur la façon d’en évaluer les effets locaux.



Crédits de gauche à droite : ©Andy Mann ; ©Andy Mann ; ©Shauwn Henrichs
Une question encore peu connue
En avril 2026, GlobeScan a interrogé 725 adultes norvégiens pour la campagne Our Antarctica. Parmi eux, 81 % connaissaient peu ou pas la pêche au krill antarctique. Après une présentation du rôle du krill et des effets possibles de la pêche, 57 % soutenaient son interdiction dans des écosystèmes sensibles comme l’Antarctique. Cette enquête en ligne utilisait un échantillon non probabiliste et non pondéré. Elle éclaire les perceptions, sans mesurer définitivement l’opinion norvégienne.
Pour la communauté surf, ce sujet invite à regarder au-delà de la vague. Derrière certains compléments d’oméga-3, aliments pour animaux ou poissons d’élevage se trouve une ressource prélevée au cœur de l’écosystème antarctique. Les négociations prévues à Hobart en octobre seront une nouvelle occasion pour les États de se prononcer sur sa protection et l’encadrement de sa pêche.
Vous voulez agir ?
Our Antarctica invite chacun à ne plus acheter de produits à base de krill et à interpeller la Norvège avant les négociations d’octobre.
Envoyez un courriel aux responsables norvégiens : un texte est proposé, et vous pouvez le personnaliser avant de l’envoyer en votre nom.
Sources
- Our Antarctica, communiqué « Antarctic Avengers launch global boycott of krill-based products », 23 septembre 2026
- GlobeScan pour Only One, Norwegian Perspectives of Krill Fishing in Antarctica, avril 2026. Enquête en ligne du 16 au 22 avril auprès de 725 adultes ; échantillon non probabiliste et non pondéré. Document transmis à Surf Session.
- CCAMLR, présentation de la pêche au krill et de sa gestion ; projet d’aire marine protégée Domain 1.
- Aker BioMarine, annonce du partenariat avec les sports de glisse, 10 février 2026 ; position sur la clôture de la pêche en 2026, 13 août 2026.
Photo à la une : ©Kim Nesbitt / Ocean image bank





