Okahina Wave, une alternative de plus en plus crédible

Autres - Bilan carbone et préjugés, on s'est renseigné.

Par - @surfsessionmag -
Okahina Vaires-Torcy  © DEIS
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Dans un de nos numéros, toujours disponible sur notre shop en ligne, nous avons réalisé une grosse enquête sur les piscines à vagues. 12 pages d'enquête pour essayer de mieux comprendre cette nouvelle tendance et les risques sur notre environnement. 

Dans un contexte où le changement climatique et la perte de biodiversité remettent en question nos sociétés modernes comme jamais auparavant, l'impact environnemental des piscines à vagues est considéré par beaucoup comme un non sens environnemental.

Comme nous l'avons prouvé dans notre enquête papier, ces piscines à vagues consomment beaucoup de ressources naturelles, détruisent la biodiversité, artificialisent et imperméabilisent les sols naturels, ont besoin d'immenses quantités de sable pour leur béton, d'eau potable à filtrer et d'énergie. À tout cela s'ajoute un bilan carbone désastreux.

L'été que nous venons de connaître a asséché les sols et vidé les nappes phréatiques comme rarement ces dernières années. Les signaux d'alerte sont là. 

Parmi les alternatives aux piscines à vagues et aux différentes technologies qui semblent déraisonnables aux yeux de beaucoup, nous avons parlé du cas de l'atoll flottant d'Okahina, cette innovation française greentech qui consiste en une infrastructure légère flottante en forme d'atoll polynésien qui viendrait se positionner sur des plans d'eau déjà existants qu'elle ne dénaturerait pas.

Okahina Futuroscope


Une structure qui serait facilement démontable, qui n'impacterait pas ad vitam æternam les sites naturels et qui serait en phase avec les enjeux de son époque pour un changement total de paradigme dans le monde des vagues artificielles de surf.

Un projet qui pour son fondateur Laurent Héquily et son équipe, "n'aura de sens qu'à la seule et unique condition qu'il soit respectueux de son environnement. Or, avec l'émergence des premières générations de vagues artificielles, qui ont pour point commun d'être toutes d'immenses « piscines à surf », nous prenons le chemin inverse".

Curieux d'en savoir un peu plus sur cette innovation française, nous avons récemment passé un coup de téléphone à Laurent Héquily afin de l'interroger sur son bilan carbone et les préjugés auxquels ils sont confrontés au quotidien.

La stratégie bas carbone d'Okahina Wave

Le bilan carbone estimatif de l'atoll flottant Okahina Wave au Futuroscope a été réalisé par le cabinet spécialisé indépendant INUK, avec le soutien de l'ADEME (Agence de la Transition Ecologique).

Et les données chiffrées le prouvent : l'atoll flottant Okahina Wave proposerait une solution dont le bilan carbone serait bien meilleur que celui des solutions du marché actuel, celui des piscines à vagues en béton.

Illustration du futur restaurant et futur surf house d'Okahina Futuroscope


Le système de vague Okahina émettrait entre 25 et 500 fois moins de CO2 équivalent que les piscines à surf et le bilan carbone de la structure (prenant en compte sa construction, son fonctionnement et sa fin de vie) représenterait environ 20 tonnes de CO2 par an, soit l'empreinte carbone annuelle de deux français moyens. L'utilisation de bois et de composite à la place de béton et d'acier faisant toute la différence.

L'atoll flottant Okahina Wave réussirait donc le pari de proposer une session de surf émettant l'équivalent d'1kg de CO2, bien moins que les alternatives existantes !

Mais les émissions indirectes doivent également être prises en compte dans ce bilan et celles-ci pèsent lourd dans le bilan carbone d'Okahina Wave. Près de la moitié des émissions sont liées aux déplacements des clients vers et depuis le site (47%). L'activité de restauration représentant également une part importante des émissions (25%).

Illustration du futur restaurant et futur surf house d'Okahina Futuroscope


"C'est précisément en raison du poids si important des déplacements que le choix a été de positionner le site Okahina Wave du Futuroscope à proximité immédiate d'une gare TGV".

Finalement, seulement 10% des émissions proviendraient des matériaux de construction de l'atoll, et la consommation électrique de l'installation, permettant de générer des vagues, ne représenterait elle que 5% du total du bilan carbone.

Selon nos informations, un plan d'action aurait été élaboré avec le cabinet environnemental INUK afin de réduire l'impact carbone du projet.

Voilà ce qui en ressort :

- 90% de l'acier serait remplacé par un composite de résine biosourcée (150 tonnes d'équivalent CO2 économisées).

- Remplacement du bois d'Okoumé par du Pin Maritime Français (60 tonnes d'équivalent CO2 économisées).

- La carte du restaurant privilégiera les produits locaux et moins carbonés (100 tonnes d'équivalent CO2 économisées).

- Les sites seront choisis par rapport à leur distance et leur accessibilité depuis une gare (entre 130 tonnes et 330 tonnes de CO2eq économisées).

- Optimisation de la consommation d'électricité dès la conception (15 tonnes d'équivalent CO2 économisées soit d'après nos calculs 10 à 50 fois moins de CO2eq que les autres solutions de vagues artificielles de première génération).

Okahina Libourne


Des préjugés à déconstruire

Laurent Héquily, fondateur du projet : " Albert Einstein disait qu'il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé. Notre plus grand défi avec Okahina fut de lutter contre les préjugés. Et nous en avons rencontré pleins. Au départ, dans la tête des gens, si tu fais une vague, c'est forcément dans un bassin en dur et en béton. Pour eux ça ne peut pas être fait autrement puisque jusqu'à présent toutes celles et ceux qui l'ont fait, l'ont fait dans des bassins. Au début, tout le monde me disait que j'étais un malade quand je leur disais qu'on pouvait faire ça sur des plans d'eaux déjà existants, que c'était techniquement infaisable".

Faire face aux préjugés, voilà une des plus grandes difficultés d'Okahina

L.H - "L'autre gros préjugé est que les gens associent automatiquement "artificiel" à mauvais pour l'environnement. Si on y réfléchit bien, ce n'est pas forcément le cas. Par exemple, la forêt landaise est artificielle. Elle a bien été plantée et créée par la main de l'homme. Et aujourd'hui, c'est un des plus grands massifs forestiers d'Europe. Et à l'inverse, des choses naturelles sont parfois néfastes pour l'environnement. Le sujet ce n'est pas de savoir si c'est artificiel ou pas. Le vrai sujet est d'abord de mesurer si notre démarche va avoir un impact négatif sur l'environnement des sites envisagés ? Et surtout est-ce que cette vague pourrait avoir un impact « « positif » sur son environnement ? Avec l'atoll flottant Okahina, la solution est démontable et on n'impacte pas durablement les sites, on n'artificialise pas les sols, on ne coule pas de béton et on ne consomme pas d'eau potable puisque l'on vient sur un plan d'eau déjà existant, telles d'anciennes gravières comme à Libourne ou à Vaires-Torcy. Quant au lac du Téléport au Futuroscope c'est un lac urbain d'ornement artificiel. Ce sont des points importants à prendre en compte pour mieux mesurer l'impact de cette vague. L'autre élément important pour l'équipe, c'est comment va-t-on utiliser la dynamique de cette vague pour apporter bénéfices à ces milieux. Aujourd'hui, on le sait, c'est prouver par les scientifiques, une grande majorité des plans d'eaux sont victimes d'eutrophisation. Ils s'asphyxient par un excès de cyanobactéries qui s'y développent à cause du réchauffement climatique et des nitrates qui se retrouvent dans ces eaux et qui proviennent des engrais chimiques. Ainsi ces plans d'eaux deviennent verts ce qui a comme conséquence de voir la faune et la flore mourir par asphyxie. L'idée est donc de tant que possible, ramener un taux d'oxygène convenable dans ces plans d'eau, pour permettre à la faune et la flore aquatique de pouvoir survivre. Et le deuxième point c'est comment utiliser la dynamique de la vague pour filtrer les cyanobactéries en limitant leur prolifération. Nous faisons des études dans ce sens avec des ingénieurs écologues de chez CDC BIODIVERSITÉ. On travaille aussi à comment récupérer les micro-plastiques qui se retrouvent dans ces bassins. En gros nous réfléchissons à comment venir plugger sur nos installations des fonctions écologiques et notamment en bossant avec Ecocean qui conçoivent des nurseries à poissons . Cela permettra d'apporter des abris aux alevins pour qu'ils puissent grandir à l'abris des prédateurs. Au départ je comprends que l'idée pouvait paraitre insensée. Mais aujourd'hui nous sommes de plus en plus soutenus par des écologistes et des associations environnementales qui étaient au début plus que sceptiques. Elles sont venues nous rencontrer, elles nous ont posé plein de questions puis se sont faites leur propre avis. C'est ça que nous voulons essayer de démontrer. On peut faire quelque chose qui soit plaisant et fun pour l'homme mais qui peut aussi et surtout, être bénéfique pour l'environnement. En parallèle de la voie de la décroissance, il y a la voie de la sobriété. On peut aussi trouver des solutions qui soient efficientes et profitables pour l'environnement pour remplacer des solutions inefficientes et destructrices telles que les piscines à surf en béton. L'homme a aussi fait des choses formidables, chacun se doit de trouver des solutions pour régler certains problèmes environnementaux notamment. Avec l'atoll flottant Okahina, nous voulons essayer d'être une de ces solutions. Une parmi tant d'autres, il y a plein d'initiatives en ce moment qui vont dans le bon sens. L'impossible est principalement dans notre manière de penser, dans nos habitudes et non pas dans des limites technologiques. Il nous faut apprendre à changer de paradigme pour construire un avenir plus sobre qui rassure, qui donne confiance et non plus participer à une course à la démesure aux conséquences qui font peur. C'est ce que nous tentons de faire modestement à notre niveau avec Okahina » 

Illustration du futur restaurant et futur surf house d'Okahina Futuroscope

Laurent Héquily l'affirme, le premier combat de l'équipe est pour la biodiversité. 

L.H - "Aujourd'hui nous disons clairement à nos investisseurs que la première profitabilité du projet n'est pas pour leur argent mais pour la biodiversité. Car si on perd ce combat pour la biodiversité, tous les autres, aussi nobles soient-ils, n'auront plus de sens, leur business compris. Avec Okahina nous ne consommons pas d'eau du tout pour le fonctionnement de l'atoll. Les piscines elles, consomment de l'eau potable quotidiennement ! Une consommation d'eau du réseau ou de la nappe phréatique retirée du milieu naturel qui contribue à assécher l'environnement, ce qui ne va bien évidement pas dans le bon sens actuellement ! Ils vont devoir la filtrer, ainsi que la totalité du bassin deux fois toutes les 24h, ce qui est juste colossal, à la fois en terme de produits chimiques qu'il faut mettre dedans, plus l'énergie que ça coûte. Il suffit de regarder l'été que l'on vient de passer, ce n'est plus possible. On a été parmi les premiers à mettre en garde contre la consommation d'eau et d'énergie de ces projets. Les chiffres officiels qu'on nous communique sous-entendaient que ces projets allaient faire fonctionner une vague de deux mètres avec l'équivalent en énergie d'un appareil à raclette. C'est insensé ! Et c'est surtout trompeur car dans ces chiffres le cycle de vie complet n'est pas pris en compte. L'honnêteté voudrait que la construction du site et sa déconstruction en fin de vie soient pris en compte dans ces calculs or ce n'est absolument pas le cas, alors même que ce sont ces contributions là qui représentent la majorité des émissions CO2eq dans leur bilan carbone... Commençons donc par regarder sans biais et sans concession nos impacts pour améliorer notre sobriété et n'ayons pas peur de remettre en question nos habitudes, c'est comme cela que l'on progresse". 

Découvrez ci-dessous l'interview du Président et fondateur d'ECOCEAN Gilles Lecaillon. 

Il explique pourquoi selon lui, la vague de surf flottante et écologique OKAHINA Wave, en implantant les solutions ECOCEAN au cœur de ses installations en milieux naturels, pourrait aider à reconquérir la biodiversité de nos territoires.


Après le Futuroscope de Poitiers (2023) une vague doit voir le jour sur le site olympique de Vaires-Torcy en Ile de France (2024), suivie de Libourne (2024).

Voilà (peut-être) la réponse à tous les problèmes.                 
                         
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