Liam Sahyoun, 17 ans, étoile montante du Big Wave

Tafedna, Jaws, Teahupo'o — à 17 ans, Liam coche déjà des spots que la plupart des surfeurs n'oseront jamais...

30/03/2026 par Surf Session

Surf Session a rencontré Liam Sahyoun. Le temps d’une interview exclusive, il lève le voile sur son quotidien, ses peurs, ses ambitions et la relation unique qui le lie à son père Jérôme Sahyoun.

Jaws ©Fred Pompermayer


Quel est ton premier souvenir dans l’eau?


Au Maroc, très jeune — papa me mettait sur la planche et me tenait les pieds. Mes vrais premiers souvenirs, c’est lui qui me poussait sur les vagues, et moi qui essayais déjà de lui dire « laisse-moi, je veux y aller seul. » Et après en Indonésie c’est quand j’ai réussi de me lever tout seul sur la planche.


À quel moment le surf est devenu plus qu’un loisir?

Depuis tout petit, je voulais être Gabriel Medina, je le regardais en boucle. Mais le vrai déclic, c’était en 2017-2018 à Insouane — j’ai pris une vague qui a duré 20-30 secondes, des sensations que je n’avais jamais eues. Après ça, j’ai commencé les compétitions. Et en 2022, à 13 ans, j’ai pris ma première grosse vague, environ 20 pieds.


C’est quoi l’effet d’avoir Jérôme Sahyoun comme père et mentor?

Son parcours est une énorme source d’inspiration — il a appris à surfer seul, découvert des vagues sans moyens. Et partager sa passion avec son père, c’est quelque chose d’immense. Au début, je voulais surtout le CT, la compétition — tout ce que papa n’aime pas forcément. Mais après deux, trois sessions de grosses vagues, j’ai basculé. Depuis trois-quatre ans, j’ai suivi sa voie.

Teahupo’o ©Domenic Mosqueira
Jaws ©Fred Pompermayer
Jaws ©Fred Pompermayer


Comment s’est fait le déclic vers les grosses vagues? 

J’ai toujours aimé « bouffer » — foncer dans les shorebreaks depuis petit, j’adore ça. Mais j’avais quand même peur de lâcher la corde sur des vagues de 2,5-3 mètres. Papa m’a vraiment poussé, fort. Ma première grosse vague en tow-in, j’ai lâché la corde, j’ai vu que j’étais prêt. À partir de là, mon blocage s’est déplacé beaucoup plus haut. Et je me suis dit : je suis peut-être fait pour ça.


Comment tu apprivoises la peur?

Longtemps, j’y allais en mode « no brain » — tu ne réfléchis pas, tu y vas. Sur le dernier trip au Maroc, Natxo Gonzalez m’a dit que cette approche pouvait mener à beaucoup de blessures. Il m’a donné deux-trois exercices de visualisation et de respiration — en complément de mon coach mental — et ça a tout changé. L’idée : quand tu bloques, tu reviens dans le tunnel, tu reset, tu repars. Ce jour-là sur la grosse gauche du Maroc, je n’ai pas hésité une seule fois à lâcher la corde.


Quelle est ta plus grosse vague à ce jour?

À Jaws, lors du swell de décembre 2024 — le 21 ou 22 décembre, celui qu’on appelle le plus gros swell de l’histoire. Des vagues de plus de 80 pieds. Il y avait Steve Roberson, le jeune local de Jaws, très connu dans la scène big wave. On était un peu en compétition pour avoir la plus grosse vague — lui a gagné ce duel, mais je me suis beaucoup poussé et j’ai eu la plus grosse vague de ma vie. C’était très intense.

Parle-nous de la vague du Maroc dont tu es le plus fier.

C’est sur la grosse gauche au large de Tafedna, entre Imsouane et Essaouira, à environ un kilomètre du large. J’y ai réalisé le plus gros barrel jamais fait sur ce spot — et aussi la vague que papa rêvait d’avoir depuis 20 ans. Il me l’a offerte. Je l’avais visualisée des années durant : le lâcher de corde, la ligne, le tube, la sortie, même comment tirer sous l’eau si la vague se ferme. Quand le moment est arrivé, j’avais déjà tout fait mentalement. Je reproduisais juste ce que j’avais vécu des centaines de fois dans ma tête.

Tu as eu de vraies frayeurs?

Une m’a presque traumatisé. À Jaws, lors de ma première session à la rame sur un gun. Le deuxième jour, j’avais pris deux vagues le matin, puis je me suis décalé sur la gauche avec Lucas Chumbo. Il m’a chauffé sur une grosse set : « T’es pas un homme si tu pars pas. » Je suis parti, j’ai fait un bon drop — trop de confiance d’un coup. En remontant, j’ai vu une énorme vague arriver, le vent s’est engouffré sous ma planche, j’ai chuté sans pouvoir tirer mon gilet. J’ai paniqué — et dans les grosses vagues, comme dit toujours papa : « la peur te fait survivre, la panique te tue. » J’ai pris une deuxième vague, puis une troisième sur la tête. J’étais pas loin des cailloux de la gauche quand un jet-ski m’a récupéré. J’étais tellement vidé que je suis allé dormir 30 minutes sur le bateau.

« la peur te fait survivre,
la panique te tue. »

Jérôme Sahyoun

Teahupo’o ©Domenic Mosqueira
Teahupo’o ©Domenic Mosqueira
Teahupo’o ©Domenic Mosqueira

Comment se passent les sessions avec ton père?

Dès qu’on est dans l’eau ensemble, c’est différent — peu importe les conditions. Dans les grosses vagues, je suis super confiant parce que je sais qu’il donnerait sa vie pour venir me chercher, et moi pareil pour lui. Mais il y a deux modes : quand il est en mode coach — et c’est dur, on s’engueule, il y a frustration, stress, peur, on lève le ton — et quand tout est parfait, vent, période, marées, tout aligné. Là, il n’y a plus que le père et le fils qui prennent les meilleures vagues de leur vie. En sortant de l’eau, on se fait un gros câlin, on ne sait même pas quoi dire tellement on est heureux. Notre rêve, c’est de devenir officiellement partenaires — que peu importe où on aille dans le monde, ce soit lui et moi.


Quelle est la meilleure leçon qu’il t’a transmise?

Deux. Dans le surf : ne jamais faire pour les caméras ou pour se vanter. Faire ton truc, le faire bien, et laisser les gens parler de toi — pas l’inverse. Dans la vie : rester humble, ne pas beaucoup parler, faire ton job, et laisser les résultats parler. Il me le répète tout le temps.


Tu te sens différent des jeunes de ton âge?

Un peu, oui. J’ai 17 ans et j’ai une chance énorme — des parents qui investissent tout pour que je puisse voyager, avoir la logistique parfaite, suivre chaque swell. À Casablanca où je vis, je n’ai pas d’amis surfeurs. Quand je compare ma vie à la leur, je réalise que j’ai quelque chose d’assez rare. Et j’ai un deal avec mes parents : bonnes notes à l’école, je surfe autant que je veux. Je peux même rater des cours pour un swell, à condition d’assurer scolairement.


À quoi ressemble ta semaine type ?

Le matin, cours à l’université. Avant ça, routine et entraînement. L’après-midi : entraînement physique, et surf si les conditions le permettent et que les devoirs sont faits. Beaucoup de natation, d’apnée en piscine et en salle sur vélo, cardio… Le niveau physique, c’est capital — les grosses vagues, c’est court mais très intense, il faut des appuis solides et beaucoup d’endurance.

Tes modèles en dehors de ton père?

Lucas Chumbo, c’est mon idole. Pas seulement pour le surf — c’est quelqu’un qui sourit tout le temps, hyper joyeux. Ensuite Gabriel Medina, pour son histoire, son travail, d’où il vient. Et Benjamin « Sancho » Sanchis, que j’appelle Tonton. Il est souvent avec nous au Maroc, il m’a beaucoup appris — la conduite de jet-ski, le tow-in, la rame. Il a ouvert des portes importantes dans le big wave mondial. Il y a aussi Axi Muniain qui a été le mentor de mon père et l’a initié au surf de grosses vagues, comme il le fait aujourd’hui avec moi.

Qu’est-ce que tu aimes en dehors du surf?

La pêche, surtout avec papa et mon grand-père. La plongée en mer — souvent avec papa et Brahim Iddouch, une légende du bodyboard marocain. Et la chasse — au sanglier, aux oiseaux, à l’arc, au fusil — avec mon grand-père, mon oncle et mon père. J’ai tiré mes premières balles à 4 ans avec mon grand-père. Ce sont des passions familiales, des moments entre hommes qu’on partage depuis toujours.

Ton identité — française, suisse, marocaine?

Je suis français et suisse de nationalité, pas marocain dans le sang — ce qui peut surprendre. Mais j’ai grandi ici depuis tout petit, c’est mon pays, je me considère marocain de cœur. Mon rêve serait un jour de représenter le drapeau marocain, même si ce n’est pas possible légalement.

Les spots qui t’ont le plus marqué?

Tafedna avant tout — c’est là que tout a commencé pour moi dans les grosses vagues, que j’ai appris, que j’ai dépassé mes peurs. Jaws, évidemment. Il y a aussi Miki Miki, une grosse droite au large de Safi — un spot qu’on a pu découvrir en 2023 lors d’une mission avec 100 Foot Waves, Garrett McNamara, Lucas Chumbo et les autres. C’est là que j’ai eu ma deuxième plus grosse vague à ce jour — une vague d’une puissance et d’une énergie impressionnantes, qui intimide vraiment. Safi aussi, où j’ai eu mes plus longs barrels backside. Et Teahupo’o, qui reste gravée dans ma mémoire.


Un spot où tu rêves d’aller et que tu n’as pas encore surfé?

Deux. Mavericks — une vague qui me fait vraiment peur mais que je veux surfer. Et The Right, en Australie — pour moi la vague la plus effrayante au monde, affreuse et magnifique à la fois.


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