Entretien : Vahine Fierro nous parle de sa carrière

Mademoiselle - " La France fait partie de mes étapes préférées, parce qu'on ne sait jamais à quoi s'attendre."

Par - @surfsessionmag -
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La présence de Vahine à Hossegor pour le Roxy Pro en octobre 2021 avait été l'occasion pour nous de discuter avec elle de sa carrière de surfeuse pro et de son quotidien de compétitrice. Pour l'occasion elle nous avait chaleureusement reçu dans la Roxy House, au beau milieu des pins landais. Nous avions d'ailleurs abordé avec elle la tenue des JO prochains à Tahiti et sa relation avec Teahupo'o. 

Après son excellent parcours sur les Challenger Series, Vahine a malheureusement manqué de très peu pour se qualifier sur le CT 2022 à l'occasion du dernier Challenger à Haleiwa, malgré une très belle demie finale. Ses prochains objectifs sont clairs : une qualification sur le CT et les JO 2024 qui auront lieu chez elle à Tahiti. Le surf français tout comme la Polynésie française n'ont jamais cessé de placer beaucoup d'espoir en cette surfeuse aussi travailleuse que talentueuse. 

Son étape et son souvenir préférés en compétition, son hygiène de vie, son entourage, sa gestion de la défaite, sa vision du futur... La surfeuse hawaiienne se confie. 

Entretien. 


 Comment as-tu décidé de te lancer dans une carrière de surfeuse professionnelle ?

Vahine Fierro - "Je viens d'une petite île à côté de Tahiti, Huahine. J'ai dû en partir à 14 ans et aller sur l'île principale pour l'école et le lycée. C'est là que je me suis lancée, que j'ai pris la décision de surfer en compétition et que j'ai commencé à avoir des sponsors. J'étais motivée et je suis devenue un peu accro. C'est surtout le fait d'être entourée par des gens qui me poussaient qui m'a donné envie de faire partie de ce monde là. Être entourée par des surfeurs très forts m'a donné envie de m'améliorer en permanence et de donner le meilleur de moi-même. Mes parents surfent tous les deux. Mon papa vient des États-Unis et il a nous appris à surfer, à mes soeurs et à moi. On y allait tous les jours après l'école, on prenait un bateau et on allait surfer. Mais c'était surtout pour s'amuser. J'ai eu un déclic à un moment donné, mais à la base je n'avais pas vraiment l'ambition de me lancer dans une carrière professionnelle. Mais maintenant j'y suis ! 

Quelle est ton étape préférée sur le circuit pro ? Y a-t-il une étape à laquelle tu rêverais de participer ?

V. F. - La France fait partie de mes étapes préférées, parce qu'on ne sait jamais à quoi s'attendre. Ça peut être parfait mais les vagues peuvent aussi être difficiles. J'aime ce côté imprévisible, où tu ne sais jamais vraiment comment seront les vagues. Pour la vague que je rêverais de surfer en compétition ça serait Teahupo'o. J'avais reçu la wildcard cette année mais la compétition a été annulée. J'espère y participer l'année prochaine. 

Peux-tu nous dire à quoi ressemble ton quotidien de compétitrice aujourd'hui ? 

V. F. Ça dépend des endroits où ont lieux les compétitions. En France par exemple, il y a des jours où tu peux surfer trois fois par jour. Hier je n'ai pas pu surfer parce que les vagues étaient trop grosses. J'ai une routine : tous les matins je me réveille, je m'étire, je m'échauffe et ensuite je pars pour une session free surf. C'est important pour moi de bien manger et de toujours faire du sport à côté, surtout quand je suis tout le temps sur la route et que je bouge beaucoup. Je change de pays très souvent et ça peut aller vite d'oublier de s'occuper de son corps, de mettre en marche notre machine. Je fais du sport tous les jours, même si c'est une petite session. Je fais aussi de la visualisation, je gère mes réseaux sociaux... 



Fais-tu attention à ce que ton hygiène de vie soit très saine ? 

V. F. Oui, je pense que c'est très important d'avoir une bonne hygiène de vie, pas seulement pour les athlètes mais pour tout le monde. Être bien dans son corps ça nous rend heureux, on dégage une certaine énergie. Je ne touche pas du tout à l'alcool, à la drogue, j'essaye de manger du mieux que je peux, même si ce n'est pas parfait. À Tahiti on est proche de la nature, des aliments naturels comme le poisson et les légumes. Depuis qu'on est toutes petites ma maman nous a mise dans le jardin, on a notre propre potager, tous les fruits qu'on mange viennent de nos propres arbres. Elle nous a inculqué tout ça très tôt. 

Peux-tu revenir sur ton meilleur souvenir en compétition ? 

V. F. Ça a été de gagner les championnats du monde junior en 2018 en Australie. J'ai pu partager ça avec mon Team manager, Mathias Maalem, qui a été mon coach pendant cette compétition. En une journée j'ai été championne du monde, ça a été fort et grandiose, je ne m'y attendais pas ! 



Tu évoques Mathias, quand tu voyages pour la compétition, de qui est-ce que tu t'entoures ? 

V. F. Mathias ne me suit pas partout, il est seulement là sur certaines étapes. Sur celle-là [le Roxy Pro France ndlr] il me coache parce qu'il connait très bien Hossegor. On s'entend super bien, on rigole beaucoup, on s'embête, on se dispute (rires), on a vraiment une belle relation ! 

Tu voyages aussi très souvent avec tes soeurs, c'est un atout de les avoir près de toi ? 

V. F. Oui, comme je suis loin de ma famille pendant assez longtemps, j'essaie toujours d'être accompagnée d'une des personnes qui sont les plus proches de moi pour avoir un peu de la maison avec moi. Puis on découvre ensemble, ça aide aussi mes soeurs de me suivre, d'être entourées de très bons surfeurs. Si je voyage seule je ne me sens pas déstabilisée mais la maison me manque encore plus. C'est juste un réconfort d'avoir une de mes soeurs, mon copain ou un autre membre de ma famille. 



Quel est ton pire souvenir en compétition ? 

V. F. Je n'ai pas de pire souvenir en compétition, mais je dirais que c'est plus le fait de voyager loin et de perdre assez tôt dans la compétition. Souvent ça fait mal, soit tu le prends bien, tu continues et tu ne te rabaisses pas, mais il y a des moments ou j'ai pu me rabaisser complètement et prendre un mauvais rythme. C'est pour ça que ça peut être dangereux de perdre tôt. Ça peut être une des pires expériences et ça m'est déjà arrivé. J'ai appris maintenant et j'essaie de faire de mon mieux et de bien gérer, même quand je perds tôt. 

Comment est-ce que tu gères la défaite ? 

V. F. Au début j'ai appris un peu toute seule, avec mon papa on parlait beaucoup. C'est assez dur, quand tu perds tu as l'impression que tous tes efforts n'ont pas été les bons, tu te remets beaucoup en question. Maintenant j'ai mon coach Barton Lynch qui est commentateur sur la WSL et qui m'accompagne tout au long de cette année. Ça a été une super expérience de l'avoir à mes côtés. Il a toujours quelque chose à me faire travailler et même quand je perds c'est toujours pour une raison. Il trouve toujours un moyen de me remettre dans la bonne voie. 



Comment est-ce que tu gères ta présence sur les réseaux sociaux ? 

V. F. Les réseaux sociaux c'est une bonne chose, mais on peut avoir tendance à passer beaucoup de temps dessus. Mais aujourd'hui, en tant qu'athlètes, on est un peu obligés de promouvoir ce qu'on est et ce qu'on fait, surtout par rapport à nos sponsors. Je fais de mon mieux pour faire circuler une bonne image tout en restant vraie, en partageant des moments un peu plus intimes. Mais je n'aime pas trop montrer ma vie privée. Je montre ce que je veux mais je ne prends pas ça non plus trop sérieusement. J'apprécie de partager ce que je fais parce que ma famille me suit et c'est bien qu'ils puissent le voir. Mais je ne partage que ce que j'aime, et pas ce que mes sponsors veulent ou ne veulent pas. Je diffuse ce que je veux. Si ça plait, ça plait, si ça ne plait pas ce n'est pas grave ! 



Et dans dix ans, où est-ce que tu te vois ? 

V. F. Je me vois toujours sur le Tour à voyager, à découvrir de nouveaux spots de surf sur cette magnifique planète. J'apprends beaucoup de mes voyages et j'aime partager ça avec ma famille, j'espère pouvoir faire ça encore longtemps ! J'aimerais aussi pouvoir allier ça avec des études. Peut être dans le domaine de l'environnement, je pense qu'on se dirige tous un peu vers ça : protéger la planète, réflechir à comment faire pour améliorer notre mode de vie... Ce sont des sujets qui m'intéressent beaucoup. Ou alors peut être dans le domaine du journalisme ou des lettres, j'aime beaucoup écrire.

>> Interview réalisée par Maia Galot
>> Article par Ondine Wislez Pons
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