Derrière les images de surf et les longues droites marocaines se cache surtout une histoire de retrouvailles, quinze ans après une rencontre qui n’aurait pu durer que le temps de quelques vagues.
Kepa et Snoopy, quinze ans plus tard
En 2010, l’aventurier et surfeur basque Kepa Acero descend seul la côte ouest-africaine avec une idée simple en tête : trouver des vagues désertes et retrouver cette sensation de liberté qui accompagne les voyages sans itinéraire trop précis.
Au Maroc, sa route croise celle de Yassine, alors âgé de 15 ans. Ils parlent à peine la même langue, mais peu importe. Ils partagent des vagues, des tajines et quelques jours d’une amitié spontanée, née au bord de l’océan. Puis Kepa reprend sa route vers le sud. Les deux ne se reverront plus.
Quinze ans passent.
Yassine est désormais connu sous le nom de Snoopy Style. Devenu surf guide professionnel et figure locale de Taghazout, il a vu son village et son littoral se transformer à une vitesse impressionnante.
Car le Maroc que Kepa retrouve n’est plus tout à fait celui qu’il avait quitté.

À la recherche d’un Maroc disparu
Taghazout s’est imposé comme l’une des destinations surf les plus connues de la planète. Les hôtels ont poussé le long de la côte, les voyageurs sont devenus plus nombreux et les line-ups autrefois presque déserts accueillent désormais surfeurs, touristes et digital nomads venus chercher leur propre version du rêve marocain.
Quinze ans après leur première rencontre, Kepa et Snoopy se retrouvent enfin.
Accompagnés du réalisateur marocain Ayoub Abouizza, ils reprennent la route avec une obsession : retrouver ce qui les avait réunis autrefois. Des vagues sans personne à l’eau, des paysages encore sauvages, l’excitation de la découverte et cette impression que quelque chose d’inconnu attend toujours derrière le prochain virage.
Évidemment, rien ne se déroule exactement comme prévu.
Kingdom of the Evening devient alors autre chose qu’une simple quête de vagues parfaites. Le film interroge ce que le temps, le tourisme et le développement font aux endroits que l’on croyait éternels. Peut-on réellement retrouver un lieu tel qu’on l’a connu ? Et cette liberté que l’on poursuit appartient-elle à un territoire… ou simplement au souvenir que l’on en garde ?


Il reste toujours une vague quelque part
Malgré les transformations du littoral, Kepa et Snoopy continuent d’y croire.
Quelque part le long de cette côte se cache peut-être encore une vague parfaite. Vide. Inconnue. Une vague qui déroule sans personne pour la regarder.
Ou peut-être est-ce simplement l’histoire que les surfeurs aiment continuer à se raconter.
Et c’est justement ce qui fait tout le charme de la quête.
Photos © Corentin Lauret & Clint Davis
ARTICLE DANS NOTRE MAGAZINE SURF SESSION 397





