Le désastre écologique des pertes de conteneurs

Où quand le droit ne sanctionne pas les dégradations environnementales du fret maritime.

29/07/2019 par Juliette Daquin

Janvier 2019. Le MSC Zoe débarque aux Pays-Bas avec 300 conteneurs en moins, certains contenaient des produits chimiques dangereux. Le navire a perdu une partie de son transport suite à une tempête essuyée en Mer Du Nord. 

La conséquence de ces pertes ? Un naufrage de marchandises qui viendra polluer les plages néerlandaises. Des ampoules, des jouets et même des sandales se sont retrouvés sur le littoral des Pays-Bas. Si une grande partie des marchandises s’est échouée et a fait l’objet de nettoyage de plages, une autre partie est restée au fond de l’océan, parfois impossible à récupérer. 

Ce phénomène de pertes de conteneurs n’est pas récent mais sévi toujours autant et continue de polluer les zones maritimes plusieurs années durant. Il y a 30 ans, c’est en France, au large de la Bretagne, qu’avait eu lieu la perte de plusieurs conteneurs transportant des téléphones Garfield. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare d’en ramasser sur les côtes finistériennes, preuve qu’ils sont toujours perdus en mer.

D’après l’association Ar Viltansoù et Fabien Boileau (président du parc marin d’Iroise), de nombreux fils et combinés sont toujours bloqués sous les roches. Il précise même que, bien qu’il soit nécessaire d’aller les récupérer, l’action pourrait rester inefficace et tous les déchets ne seront jamais récoltés dans leur totalité. 

En France, la Marine Nationale collecte parfois les conteneurs naufragés en surface, mais les opérations de collecte restent coûteuses et difficiles. Elles seraient pourtant bien nécessaires au vu des dangers que peuvent présenter les conteneurs en mer.

Dangers physiques pour les marins (OFNI), dangers environnementaux pour la faune et la flore océanique et dangers terrestres pour les côtes et littoraux qui voient leur biodiversité locale modifiée. 

Si ce phénomène continue d’avoir lieu, c’est parce que le fret maritime internationale est très peu encadré législativement. Le droit maritime international est très flou quant à la perte de conteneurs dans les océans.

Si un transporteur subit ce genre de pertes, il ne se voit pas dans l’obligation de le déclarer ou de dire combien de conteneurs il a perdu, empêchant alors de quantifier la marchandise qui se trouve dans la zone océanique ou qui se trouvera quelques jours plus tard sur les côtes et littoraux.  

De plus, la poursuite pénale d’un transporteur ne mène quasiment jamais vers des réparations. Pour poursuivre le transporteur en justice, il faut que les conteneurs perdus contiennent des produits dangereux au niveau toxique (le plastique, alors même qu’il représente un danger environnemental, n’est pas considéré comme tel).

Cette année, c’est le Grande America qui a fait naufrage en mars 2019, au large du Golfe de Gascogne. Si la marée noire a su être évitée, le navire a plongé à plus de 4 600 m de profondeur, directement sur un banc de sable, avec la quasi totalité de sa cargaison : 365 conteneurs dont 45 transportant des matières dangereuses. Seulement 10 conteneurs ont été ramassés et rapatriés sur terre. Les autres sont toujours sous l’eau.

S’il a été annoncé que les conteneurs étaient maintenant inoffensifs, le risque qu’ils remontent à la surface ou s’ouvrent sous l’eau n’est pas improbable. Le contenue du chargement qui se trouve sur le navire est plutôt effrayant : 2 200 tonnes de filou lourd, 2 100 véhicules, plus de 1000 tonnes de matières dangereuses et 320 conteneurs de matières non dangereuses.

Si la cargaison n’est plus visible et ne semble plus représenter le moindre danger en surface, c’est un danger immergé dont il faudrait se préoccuper mais qui semble cependant être aujourd’hui minimisé. 

                     


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