Kyllian Guerin dans « Mascaras » : les visages du Mexique

“Mascaras” retrace le surf trip mexicain de Kyllian Guerin, entre l’engagement brut des grosses vagues de Puerto Escondido et la fluidité des points plus doux du sud.

22/12/2025 par Surf Session

À travers la symbolique des masques, il dévoile les deux facettes de son surf dans une ambiance mexicaine intense et colorée. Un projet qui reflète pleinement son approche actuelle du free surf, tournée vers les voyages, la créativité et les émotions fortes.

Mascaras” vient de sortir :
comment tu résumerais cette vidéo  ?

Mon projet autour du Mexique est né d’un surf trip que j’ai réalisé en août-septembre, sans doute l’un des meilleurs de ma vie. Pendant trois semaines, j’ai eu la chance d’enchaîner les sessions, avec des conditions variées qui reflétaient parfaitement les différentes facettes de mon surf actuel. Depuis un an et demi, je me consacre à une carrière de free surfer, et j’aime autant charger de gros barrels avec une grosse board que surfer des points waves en mode performance ou en twin, plus tranquillement.

Ce voyage a incarné cette dualité : d’un côté, Puerto Escondido et ses vagues puissantes, brutes, engageantes ; de l’autre, Barra de la Cruz et Salina, avec leurs points parfaits, plus doux et propices à un surf plus fluide et créatif. C’est précisément cette opposition d’énergies que nous avons voulu traduire dans le projet à travers les masques. Chaque masque symbolise une personnalité, une énergie particulière. Les deux masques choisis représentent donc les deux aspects de mon surf : l’intensité des grosses vagues et la fluidité des points plus accessibles.

Au final, ce trip m’a offert un contraste marquant mais hyper enrichissant : passer de vagues massives à des conditions plus relax, tout en prenant autant de plaisir dans chacune de ces expériences. C’est cette dualité, à la fois technique et émotionnelle, qui constitue le cœur du projet.

Qu’est-ce qui t’a inspiré à créer cette vidéo ?

Ce qui m’a motivé, c’est que c’est désormais mon métier. Avant, je vivais au rythme des contrats et des sponsors, avec pour seul objectif de performer en compétition. Aujourd’hui, mes priorités sont mes 15 trips annuels et la création de vidéos ou de projets autour de ces voyages.

Pour ce trip, mon but numéro un était de surfer Puerto. Je rêvais de cette vague depuis longtemps : découvrir le spot, l’ambiance, la plage… c’était vraiment la priorité. Je suis parti avec Arthur Génie pour monter un projet, en lui laissant carte blanche sur la direction artistique.

Au début, on s’est vraiment concentrés sur la performance et sur Puerto. La première semaine a été incroyable : de super vagues, de super images. Puis, au fil du trip, on a commencé à discuter du projet et les idées sont venues naturellement.

« Avec le temps,
j’ai compris que je préférais
me consacrer au surf libre »

« Conciler ma vie de surfeur aujourd’hui,
c’est trouver l’équilibre entre voyages,
projets et parfois compétitions. »

Peux-tu nous raconter l’ambiance là-bas? 

Le Mexique, c’est vraiment une ambiance unique : chaleureux, vivant, plein de couleurs et de musique. Dès Mexico City, tu sens cette énergie artistique qui traverse la ville. Mais il y a aussi cette intensité propre au pays, ce côté où il faut parfois rester attentif.

À Puerto, la culture surf est très forte : il faut respecter les locaux et gagner sa place dans l’eau. Pour moi, ça s’est bien passé, surtout le fait de parler espagnol, ça aide. Une fois que les gars te connaissent un peu, ils deviennent super chaleureux. Dans l’eau, c’est comme une bande de potes : ça se chambre, ça crie, ça se motive, même dans des vagues énormes. Entre anciens, jeunes et locaux, l’ambiance est vraiment incroyable.

Y a-t-il un moment ou une vague du film
qui t’a particulièrement marqué ?

Ma toute première vague de cette partie à Puerto reste celle qui m’a fait le plus vibrer. C’était lors de ma première vraie session du swell, qui a duré trois jours. La vague qui clôt la part — filmée de côté par Edwin Morales avec les locaux au premier plan — était en fait ma première vague de la session. Elle m’a mis direct en confiance, m’a permis de prendre mes repères dans le line-up, et j’ai senti que le swell était “lancé” pour moi.

En fin de session, les conditions ont grossi et le vent a un peu tourné. J’étais en 7’4, je me sentais bien mais j’ai compris que la planche était limite pour ces tailles-là. Et puis cette grosse vague est arrivée. Je me souviens de ramer, de partir en mode apesanteur totale, de passer le drop tardif, de rentrer dans la caverne et de me faire éjecter par le souffle, avec les locaux sur la plage qui me félicitaient.

En sortant, après plusieurs heures dans l’eau, je tremblais encore en traversant le village. En arrivant à l’hôtel, j’étais chargé d’énergie pure. Cette vague — grosse, engagée, avec un take-off tardif comme je les aime — m’a donné le mojo pour tout le reste du swell et m’a fait vivre des émotions énormes.

Mascaras renvoie à des symboliques fortes.
Quelle est la signification de ce mot pour toi
dans le cadre de cette vidéo ? 

Oui, mascaras en espagnol signifie simplement “masque”. Mais au-delà du mot, c’est surtout la symbolique qui m’intéresse : selon le masque que tu portes, tu montres une facette différente de toi. On pense souvent qu’un masque sert à cacher, alors qu’en réalité il révèle autre chose de notre personnalité.

Dans le projet, ce parallèle fonctionne aussi avec le surf : il y a le masque de la peur, de l’appréhension ou de l’adrénaline quand tu rames vers la vague, puis celui de l’euphorie, de la joie et du lâcher-prise une fois la vague prise. Ce sont ces émotions opposées, ces visages intérieurs qui se succèdent et que j’ai voulu mettre en avant.

Est-ce que Mascaras reflète une nouvelle étape
dans ta façon d’aborder les vidéos de surf ?

Franchement non. Ça ressemble un peu à l’esprit de The Hunter, le projet que j’avais tourné en Afrique du Sud. Ce n’est pas la même chose que The Hunker, mais niveau vibe artistique, ça pourrait s’en rapprocher : un petit film de surf, assez court, mais propre et quali. L’idée, c’est quand même d’avoir un fil conducteur, une histoire à raconter ou un message à faire passer, tout en ayant des belles images et un montage bien fait. Et puis avec Arthur, qui est super pour ça, ça aide vraiment.

Comment tu concilies ta vie surfeur pro entre les voyages,
les projets et éventuellement les compétitions ?

Conciler ma vie de surfeur aujourd’hui, c’est trouver l’équilibre entre voyages, projets et parfois compétitions. Plus jeune, j’étais à fond dans le circuit, mais j’ai vite réalisé à quel point il est difficile d’être pleinement concentré à la fois sur la performance, l’entraînement et le free surf. La compétition demande une préparation précise, une mentalité stricte, et souvent d’affronter des vagues compliquées pour scorer. Le free surf, au contraire, c’est la liberté, l’expression personnelle, faire ce que tu ressens plutôt que ce que les juges attendent.

Avec le temps, j’ai compris que je préférais me consacrer au surf libre : mes projets vidéo, mes voyages, mes idées. J’y mets toute mon énergie et ma préparation, que ce soit pour des performances ou pour créer quelque chose qui me ressemble.

Je ne me considère pas comme un surfeur de gros, mais j’adore me mettre dans de bonnes conditions, surtout dans les barrels lourds. Pour ça, il faut une vraie préparation physique et mentale : être prêt à s’engager sans hésiter et encaisser quand ça brasse. Avant d’aller au Mexique, par exemple, je m’étais bien préparé pour arriver prêt à affronter ces sessions exigeantes. C’est un autre type de préparation que pour les compétitions, plus orienté vers l’expérience et l’aventure.

Des projets à venir ?
Une autre vidéo, une destination en tête ?

Je reviens tout juste du Maroc, où j’étais invité pour un événement. J’en ai profité pour rester une semaine à Taghazout et j’ai eu 2–3 super sessions. Je pense sortir une petite vidéo sur ma chaîne YouTube début d’année.

Pour 2025, l’idée est surtout de rester en Europe, de continuer à me préparer physiquement et mentalement, puis d’attaquer 2026 avec un trip en Irlande ou au Portugal pour finir la saison hivernale. À l’international, rien n’est encore fixé : tout dépendra des conditions et des opportunités. En free surf, on planifie moins longtemps à l’avance, on part quand la bonne houle arrive.

© Arthur Génie


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