Qu’est-ce qui t’a poussé à vouloir absolument te mesurer à Mullaghmore et à tenter d’y surfer en foil ?
On est partis la veille du swell. On venait d’apprendre qu’une énorme houle arrivait et, pour moi, c’était clairement l’objectif de l’hiver : aller à Mullaghmore. Je voulais absolument découvrir cet endroit de mes propres yeux et voir s’il était possible d’y prendre une vague en foil, histoire de continuer à repousser mes limites dans des spots plus techniques.
C’était un pari risqué : Mullaghmore est un vrai slab, une vague qui explose vers l’extérieur, avec des rochers partout et énormément de turbulences… Bref, pas le terrain le plus accueillant pour foiler. Mais c’était justement ce challenge que j’avais envie de relever.
Comment se sont déroulés les préparatifs pour rejoindre l’Irlande ?
Quand on a vu que ce swell était annoncé comme le plus gros des cinq dernières années, on n’a pas hésité. On a tout organisé au dernier moment, un peu à l’aveugle, en se disant que de toute façon, le meilleur moyen de savoir, c’était d’être sur place. Sur la route, on a réussi à trouver un jet-ski à la dernière minute. Mais quand on est arrivés vers 21h, la veille du swell, le gars nous appelle en FaceTime pour nous dire que le jet ski ne démarre pas, qu’il a tout essayé et qu’il est complètement out. Gros moment de panique… On tente de trouver des solutions, mais si tard, la veille du swell, c’est mission impossible. On finit par avoir le contact d’un mec qui nous dit que le lendemain il sera à l’eau, et qu’il pourrait peut-être nous mettre une vague… mais rien de sûr.
« Quand on a vu que ce swell était annoncé comme le plus gros des cinq dernières années, on n’a pas hésité. »


« OK, j’ai mis un pied dedans,
je sais que c’est possible.
Contente-toi de ça pour aujourd’hui. »
Dans ces conditions, comment abordes-tu le lendemain matin ?
Le lendemain, on décide d’aller au port très tôt, avant tout le monde. Il faisait un froid glacial. On se préparait en silence, la tête baissée, parce qu’on ne savait même pas si on allait pouvoir aller à l’eau. On se mettait en combi tout en se disant qu’on finirait peut-être la matinée assis sur le port. On va se présenter à ce gars, Peter Conroy, le chef de la sécurité à Mullaghmore, un pilote ultra expérimenté. Un mec super cool. Il nous dit qu’il peut nous amener au fond. Soulagement.
Une fois sur zone, quelle était l’ambiance dans le line-up ?
On met donc les jets à l’eau avec tout le monde. Il y avait énormément de surfeurs, venus du monde entier. On rejoint le line-up, et là, on se retrouve dans la passe, en combi, dans une eau glaciale, avec ma planche de foil, Julien Reichmann en surf et Justine Dupont sur un jet ski juste à côté.
Le show commence. Des vagues de malades passent. Vraiment des vagues hallucinantes, dont celle de Conor Maguire, qui prend la bombe de la journée alors qu’il faisait presque encore nuit. On comprend que ça va être une session complètement folle. Tout le monde criait, les bombes entraient dans tous les sens, les locaux et les riders du monde entier scoraient des vagues incroyables. Juste regarder ça, c’était dingue.
Comment analyses-tu ce qui se passe autour de toi dans un moment aussi intense ?
Nous, on restait dans la passe en observant. Même sans surfer, on sentait qu’on vivait un truc unique. Rien que voir ça de nos propres yeux, c’était énorme. Ça m’a permis de repérer les vagues qui pourraient potentiellement se prêter au foil… mais en réalité, celles qui semblaient jouables étaient les grosses. Et les grosses, en général… elles sont pour les locaux. Donc du stress.
À quel moment tu sens que c’est ton tour d’entrer en action ?
Au bout de deux heures environ, Peter vient me voir : « Tu veux une vague ? » Je n’ai pas hésité : « Allez, let’s go. »
Juste avant, Justine m’avait beaucoup aidé dans la passe. Elle venait de prendre une super vague et m’avait donné plein de conseils : comment me placer, par où passer, contourner le pic où deux rameurs attendaient, passer par le bas sur telle section… Elle m’a tout expliqué, hyper précisément. Elle m’a même prêté son casque. Franchement, ça m’a énormément aidé, parce que j’avais vraiment moins de repères au large.
Et alors, comment se passe cette fameuse vague ?
Je prends exactement la ligne qu’elle m’a indiquée. Six minutes plus tard, Peter me tracte sur une vague. Un super ride. Comme d’habitude, j’en veux toujours plus, mais au vu de la fatigue accumulée, des swells en Europe, de Nazaré… j’étais vraiment content. Dès que la vague s’est terminée, je me suis dit : « OK, j’ai mis un pied dedans, je sais que c’est possible. Contente-toi de ça pour aujourd’hui. »
Ensuite, Julien a pu prendre deux vagues aussi. On sentait qu’une partie de la mission était accomplie : rentrer dans le spot, comprendre ces vagues, voir les locaux à l’œuvre, et faire partie de cette journée incroyable.
On est restés ensuite pour regarder le show, et les gars continuaient à prendre des bombes hallucinantes. Les jours suivants s’annonçaient moins bons, avec beaucoup de vent.
Après une journée pareille, qu’est-ce qui te pousse à repartir immédiatement vers un autre spot XXL ?
Le lendemain, il y avait un swell à Belharra. On est repartis de nuit, rien n’était prévu. On a atterri à Paris, loué une voiture, roulé jusqu’à Bordeaux en pleine nuit, arrivés à 4h30 du matin, puis on a repris la voiture direction le port de Saint-Jean-de-Luz pour être à Belharra le lendemain matin.
Et comment s’est déroulée cette session basque ?
C’était un petit Belharra, et vu ma fatigue, j’ai décidé de ne pas surfer. J’ai passé la session à tracter les copains qui découvraient la vague pour la première fois. Une super journée, parfaite pour conclure ces swells et cette fin d’année.





