Ainhoa Leiceaga, l’océan pour ligne de vie

Surfeuse de haut niveau, étudiante et engagée pour la protection de l’océan, Ainhoa fait avancer ensemble ses ambitions et ses convictions. Un équilibre exigeant, qui influence sa manière de s’entraîner, de voyager et de concourir.

31/10/2026 par Surf Session

Avant que le surf ne devienne une histoire de compétition, il y a eu une sensation. Une vague prise en bodysurf, lors d’une journée à la plage en famille. L’énergie de l’océan, le plaisir de se laisser porter. Puis, à neuf ans, les premiers cours et la première vague debout : « Cette sensation, je veux faire ça le restant de mes jours. »

Pour continuer après l’été, Ainhoa s’inscrit au club d’Hendaye. Ses entraîneurs l’encouragent à essayer la compétition, dont elle connaît déjà le goût grâce à l’athlétisme. Elle rejoint ensuite la section sportive au collège, d’abord pour avoir davantage de temps à l’eau, puis le pôle à Biarritz au lycée. Le plaisir devient un projet sportif. Avec une question qui grandit au fil du parcours : comment poursuivre cette aventure sans abîmer ce qui l’a rendue possible ?

© Benjamin Meaker


L’équilibre se travaille

© FFS – Guillaume Arrieta
© FFS – Guillaume Arrieta

Derrière les images de liberté, le surf de compétition impose une organisation serrée: préparation physique et mentale, déplacements, gestion des compétitions et comptabilité liée à son statut d’auto-entrepreneuse. Sa famille l’aide à tenir cet ensemble, indispensable pour poursuivre ses études en parallèle.

Les lundis et mardis se passent à la faculté, à Bordeaux. Le reste de la semaine, Ainhoa retrouve au moins trois séances de surf, davantage lorsque les conditions le permettent, et la préparation physique. En compétition, elle veut surtout réussir à exprimer ce travail : la vitesse, l’explosivité, l’aisance acquise dans des conditions variées.

Le résultat reste soumis aux vagues, aux adversaires et aux juges. « En surf, on perd beaucoup plus qu’on gagne. » Elle trouve donc aussi son plaisir dans la progression : «Je pense que même si je ne faisais pas de compétition, je continuerais à m’entraîner pareil.»

Ses études lui offrent un autre appui. «Le fait d’avoir deux projets fait que je peux m’épanouir davantage dans chacun.» Lorsque l’un devient difficile, l’autre ouvre une perspective. Ce double parcours est, dit-elle, «une école accélérée de la vie», où elle apprend à décider, à s’adapter et à gérer la pression.

Il laisse pourtant peu de temps aux proches, surtout lorsque s’ajoute le travail associatif. Et les heures consacrées aux études ou à l’environnement sont autant d’heures passées hors de l’eau. Ainhoa sait que d’autres peuvent multiplier les entraînements, affiner leur technique ou tester davantage de planches. Elle mesure les conséquences sportives de ses choix, même si elle peine à parler de sacrifice tant ses activités lui apportent.


Voyager autrement

«Pour moi, le voyage, ce n’est pas l’avion.» L’aventure peut commencer à vélo, sur un spot voisin, ou dans l’observation d’un océan que l’on croit connaître. «Même si on va toujours à la même place, ce sera toujours différent.»

Ainhoa a renoncé aux voyages de surf en avion. Pour les compétitions, elle privilégie le covoiturage et le bateau, et explique ne plus participer aux étapes qui exigent un vol. Son objectif est, à terme, de ne plus prendre l’avion du tout.

Ce choix a un prix. Pendant l’hiver, certains concurrents s’entraînent en eau chaude, tandis qu’elle compose avec le froid et des sessions moins fréquentes. Certaines étapes importantes lui échappent aussi, avec les points qu’elles pourraient apporter à son classement. Elle accepte cette difficulté, convaincue que les déplacements aériens constituent un levier majeur pour réduire l’impact du surf de compétition.

Ses convictions guident également ses partenariats. Avant de s’engager, elle examine la fabrication, les matières, les possibilités de réparation et les pratiques de l’entreprise. Elle a déjà refusé plusieurs propositions, tout en restant ouverte à un travail commun pour améliorer les produits. Sa limite est claire : «Je ne me vois pas promouvoir quelque chose que je ne consommerais pas moi-même.»

© Benjamin Meaker


Changer le circuit, agir ensemble

© Armelle Courtois
© Isabelle Miquelestorena

Pour permettre aux sportifs de réduire leurs déplacements, Ainhoa défend une évolution de l’organisation des compétitions. Sa priorité : «Réorganiser les circuits de compétition pour faire en sorte de diminuer les allers-retours en avion.»

Regrouper les étapes géographiquement, renforcer les qualifications par continent, faciliter le train et le covoiturage : les pistes existent. Elle interroge aussi les classements qui désavantagent ceux qui ne participent pas aux compétitions en outre-mer, pour des raisons écologiques ou financières.

Son rôle de référente territoriale au comité Surf Durable de la Fédération française de surf doit lui permettre de porter ces questions. Au moment de l’entretien, la démarche débute et les premières réunions restent à venir. Elle sait que les changements prendront du temps : l’environnement demeure souvent, constate-t-elle, «la dernière roue du carrosse» des organisations.

Cet engagement prolonge plusieurs années de travail associatif. Ambassadrice de Pure Ocean et de la Water Family, elle a également cofondé, avec des athlètes rencontrés au Climate Sport Camp, une association rapprochant sportifs et scientifiques. Le principe: former des binômes pour utiliser la visibilité du sport afin de faire connaître la recherche au grand public.

Avec Ondes Communes, un groupe de travail porté par Waves of Change, elle s’investit aussi dans la protection de la Côte basque, de part et d’autre de la frontière, autour de la qualité de l’eau et de la gestion des déchets.


Garder ses racines, ouvrir le regard

Cet attachement au territoire traverse aussi son identité. Née à Bayonne, originaire d’Urrugne, Ainhoa parlait basque en famille avant d’entrer à l’école. Elle a suivi un enseignement bilingue jusqu’au collège, puis moins pratiqué la langue en rejoignant le pôle au lycée. Aujourd’hui, elle tient à la faire vivre.

«Le basque, c’est ce qui me lie aussi à ma région, à mon territoire et, d’une certaine manière, à la nature et à ce qui m’entoure.» Parler la langue, entretenir sa culture, protéger son environnement : ces gestes nourrissent un même lien à ce qui l’a construite.

Face au désir de partir toujours plus loin, elle défend la curiosité pour ce qui est déjà là. Elle connaît la difficulté de ralentir, prise elle-même dans des journées trop pleines. Mais l’océan lui rappelle qu’un lieu familier peut rester inépuisable : le vent, les couleurs, les températures, tout change. «En observant, c’est infini.»

Athlète ou figure de l’engagement écologique, comment aimerait-elle être reconnue ? «Les deux, parce que les deux font entièrement partie de ma vie et je dirais même que l’un ne va pas sans l’autre.»

Le bonheur de vivre avec l’océan nourrit son désir de le protéger. Et ce désir dessine, à son tour, la manière dont elle poursuit sa route.

© Benjamin Meaker
© MarieLacoste (La Nuit de l’ocean)

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