Quand on découvre “The Emancipation of Timid Little Pipou”, on a l’impression de voir à la fois un personnage et quelque chose de très intime. Comment est née cette figure, et quelle part de toi elle raconte vraiment?
Rodrigue, qui a pensé le projet, lui dit clairement que c’est réel, que Pipou est un personnage qui reflète une part de moi. Et je suis assez d’accord… même si, honnêtement, je ne me considère pas comme quelqu’un de vraiment timide.
Après, c’est vrai que sur certaines situations, au début surtout, je pouvais l’être. Par exemple quand je suis arrivé dans les Landes: je ne connaissais personne, ce n’était pas du tout mon environnement, ça me mettait un peu en retrait. J’étais un peu en mode observation, tu vois. Et puis j’ai rencontré quelques potes, et là je me suis dit: “Mais en fait, c’est trop bien ici.” À partir de ce moment-là, j’avais juste envie de rester.
Aujourd’hui, Pipou a beaucoup évolué. Sur les derniers épisodes, ce n’est clairement plus le mec timide. C’est plutôt moi en train de rigoler, de faire le con, souvent le premier à lancer des conneries.
Le premier épisode, c’est un peu moi d’il y a cinq ou six ans. Les derniers se rapprochent beaucoup plus de ce que je suis maintenant. Il y a vraiment cette évolution : le passé, le présent, et ce que je deviens.
Avant, j’étais hyper bien dans mon confort, chez moi, dans mon coin, un peu cantonné à mon petit bout de rocher. Aujourd’hui, j’ai plus envie de bouger, de changer d’air, de découvrir de nouveaux endroits, de rencontrer des nouvelles personnes.
Au final, Pipou, ce n’est pas un masque. C’est juste moi… à différents moments de ma vie.
Tu parles d’une forme de timidité, mais qui semble surtout intérieure. Comment tu définirais ton rapport aux autres?
Je dirais que si timidité il y avait, c’était plus une timidité intérieure qu’un vrai côté reclus. Ce n’était pas le fait d’avoir peur des gens en général, mais plutôt le regard des autres.
Par exemple, quand je ne connais pas quelqu’un et que je sais que c’est quelqu’un de super à l’aise socialement, parfois je me fais des films. Je me dis : “Putain, si je vais le voir, il va me prendre pour un con.” Ce genre de trucs un peu débiles que tu te racontes dans ta tête.
Mais en réalité, ce n’est pas du tout comme ça que je suis au fond. Je suis quelqu’un de très à l’aise avec les gens. Même si je n’ai jamais vu la personne de ma vie, si je me retrouve assis à côté d’elle dans un bar ou ailleurs, j’ai toujours envie de déconner, de rigoler, de créer un truc. Il n’y a jamais vraiment eu de barrière à ce niveau-là.
Cette limite, cette retenue, elle existait surtout quand j’étais plus jeune. À cette époque, je pouvais me poser beaucoup plus de questions, me freiner tout seul. Aujourd’hui, c’est complètement différent. Je suis ouvert à tout le monde, je m’entends facilement avec n’importe qui, et je n’ai plus vraiment de barrières.
Donc oui, il y avait peut-être une forme de timidité avant le projet, mais elle était surtout dans ma tête. Maintenant, je fonce, je rencontre, je partage… et franchement, c’est quand même bien plus cool comme ça.
«Le surf m’a appris que les meilleurs moments sont ceux que tu partages»


Voir ou revoir les 3 chapitres ici!!! ou directement sur notre chaîne Youtube
Chapter 1 (The Old Strange World)
Chapter 2 (Weird Looks, and How to Befriend Them)
Chapter 3 (Beautiful Encounters)
Dans le film, le surf apparaît moins comme une quête de performance que comme un espace de partage. Qu’est-ce que ce sport t’a appris humainement?
Le surf, pour moi, a toujours été bien plus qu’une histoire de performance. Ce qu’il m’a apporté humainement, c’est surtout le partage et la vibe. Être dans l’eau avec d’autres personnes, faire en sorte que ça se passe bien, que chacun prenne des vagues et profite du moment. Quand l’ambiance est bonne, tu le ressens direct, et tu sors de l’eau avec le smile.
Et puis il y a tout ce qu’il y a autour de la session. Les discussions sur le parking en attendant que la marée monte, les moments après le surf où tu te retrouves avec tout le monde autour d’une bière, à rigoler. C’est souvent ça qu’on oublie, alors que ça fait complètement partie du surf.
Avant, j’étais peut-être plus centré sur moi-même, sur mon propre plaisir. Le surf m’a appris que les meilleurs moments sont ceux que tu partages. Il m’a ouvert aux autres, aux rencontres, aux connexions, au voyage aussi. Savoir où aller, qui rencontrer, comment créer du lien, même loin de chez toi.
Même si c’est un sport individuel, dans l’eau, ça fonctionne comme un collectif. Chacun fait attention à l’autre pour que la vibe reste bonne. Et quand tout s’aligne, tu ressors de l’eau juste heureux d’avoir vécu ce moment-là. C’est exactement ça que le surf m’a apporté.
Le film montre aussi beaucoup le fait de surfer ailleurs, hors de chez toi. En quoi ces voyages ont-ils changé ta manière de voir le surf… et le monde en général?
Oui, clairement, surfer dans des endroits différents a changé ma façon de voir le monde. Déjà parce que, quand tu n’es pas chez toi, tu te rends compte que les règles ne sont pas les mêmes partout. La relation aux locaux, la façon de se comporter dans l’eau, ça varie énormément.
Chez nous, en Bretagne, on respecte beaucoup les anciens. Dans les Landes, c’est plus une priorité aux pros. Et puis ailleurs, c’est parfois juste chacun son tour: on attend, on partage, on profite ensemble. Ça t’apprend à t’adapter et à observer avant d’agir.
Voyager m’a aussi fait comprendre un truc important : rester toujours au même endroit, ça te donne l’impression que tout tourne autour de ton spot. Moi, pendant longtemps, j’avais l’impression que tout se passait à La Torche. Alors qu’en réalité, il y a un monde énorme à explorer.
En allant ailleurs, tu découvres de nouveaux spots, de nouvelles vagues, mais surtout de nouvelles personnes, de nouveaux visages, d’autres façons de vivre le surf. Et tout ça, ça te fait grandir. Ça t’apporte une vraie ouverture d’esprit et aussi pas mal de confiance en toi.
Parce qu’au final, si tu arrives à être à l’aise un peu partout, à t’intégrer, à respecter les autres et à kiffer malgré le changement, c’est que t’as gagné quelque chose. Et ça, le surf m’a clairement aidé à le comprendre.

«Pendant le tournage, je me mettais un peu dans la tête que ce n’était pas totalement moi, comme si je jouais un personnage.»


Pendant le tournage, y a-t-il eu un moment — plus qu’une session parfaite — qui t’a marqué émotionnellement?
Oui, clairement, le Portugal. Je ne peux pas citer les spots, mais émotionnellement, c’est là que ça m’a le plus marqué. On arrivait à la fin du projet, la pression montait parce que l’avant-première approchait, et il fallait absolument ramener des images. Sauf que sur place… rien ne se passait comme prévu.
On est restés plus longtemps que prévu parce qu’il n’y avait pas de vagues. Brouillard, conditions nulles, sessions frustrantes. Tu sors de l’eau énervé, pas satisfait, avec l’impression de perdre ton temps. J’étais avec Pierrot, et on vivait tous les deux la même chose : on était là, mais on n’avançait pas. Impossible de rentrer un clip, impossible de faire ce qu’on était venus chercher.
La frustration était vraiment forte. Et en même temps, ça m’a fait prendre du recul. Quand j’appelais des potes à la maison, ils me racontaient leurs journées de taf à en chier, à souder sur des bateaux toute la journée. Et nous, on se plaignait parce qu’on n’avait pas eu de bonnes vagues. Ça te remet vite les pieds sur terre.
Finalement, cette période m’a appris à gérer la frustration et à relativiser. À essayer de rester positif même quand tout semble bloqué. Et ça, bizarrement, c’est peut-être l’un des moments les plus importants du tournage pour moi.
On sent dans le film qu’il n’y a pas que des moments faciles. Est-ce qu’il y a eu des périodes de vrai doute, où vous avez hésité à continuer?
Oui, clairement, il y a eu des moments d’inconfort où on a vraiment hésité à continuer. Et encore une fois, c’était au Portugal.
On a enchaîné trois jours de pluie non-stop, mais pas la pluie tranquille comme à la maison. Là-bas, c’était impossible de faire quoi que ce soit dehors. En plus de ça, les vagues étaient pourries.
On était coincés dans un logement minuscule, à trois, peut-être quatre mètres carrés. Il faisait chaud, on transpirait, il n’y avait même pas de fenêtre. Ambiance bien glauque. À un moment, on s’est regardés et on s’est dit: “Mais qu’est-ce qu’on fout là ? On rentre en Bretagne et on revient plus tard… ou on lâche l’affaire.” Franchement, mentalement, c’était dur.
Mais heureusement, Rodrigue était là. Avec Pierrot, ils ont réussi à détendre l’ambiance, à nous faire marrer, à nous faire tenir. Et finalement, cet inconfort, il a payé. Après ça, on a eu quelques jours de bonnes vagues jusqu’à la fin du tournage.
Avec le recul, c’est aussi ça le projet: accepter les moments compliqués, serrer les dents, rester soudés… et profiter encore plus quand ça finit par marcher.
Le film est assez intime, parfois même un peu absurde. Comment tu as vécu le fait de te montrer sous cet angle-là à l’écran?
Non, franchement, ça ne m’a pas vraiment posé problème. Pendant le tournage, je me mettais un peu dans la tête que ce n’était pas totalement moi, comme si je jouais un personnage. Du coup, quand je faisais certaines choses, je me disais juste: “Vas-y, fais le mec un peu simplet.”
Et en réalité, ce côté un peu simplet, il fait aussi partie de moi. Mais au lieu de le vivre comme quelque chose de gênant ou de vulnérable, je l’ai pris avec beaucoup de recul. Ça me faisait presque rire. Je trouvais ça plus drôle que gênant, justement parce que je voyais le côté un peu absurde de la situation.
Du coup, montrer cette vulnérabilité à l’écran, ça ne m’a pas pesé. Je ne l’ai pas vécu comme une mise à nu difficile, plutôt comme un jeu, quelque chose d’assez léger. Et au final, je pense que c’est aussi pour ça que ça sonne vrai à l’image.

Une fois le film sorti, quels retours t’ont le plus marqué, et qu’est-ce que ça t’a apporté personnellement?
Le regard des autres après la sortie du film a clairement été quelque chose de marquant, mais dans le bon sens. J’ai eu énormément de retours positifs, et surtout un regard hyper bienveillant.
Des gens que je ne connaissais pas, comme des personnes proches ou très calées dans le milieu, sont venus me dire: “Putain, ton film est vraiment cool, vous avez fait un truc différent.” Et ça, franchement, ça fait plaisir.
Recevoir cette reconnaissance-là, surtout de personnes que je respecte, ça m’a beaucoup touché. Ça m’a donné un vrai boost, autant dans mon surf que dans mon état d’esprit. À la sortie du film, je me sentais plus confiant, plus motivé.
Au final, ce regard extérieur m’a surtout donné envie de continuer, d’aller encore plus loin et de faire encore mieux par la suite.
La relation avec Rodrigue semble être le cœur du projet. Comment vous vous êtes rencontrés, et comment cette complicité a nourri le film?
La rencontre avec Rodrigue s’est faite assez naturellement. On avait une pote en commun et, pour son anniversaire, on s’est retrouvés à faire la fête ensemble pendant deux ou trois jours. À la base, Rodrigue vient plutôt de la montagne et moi de l’océan, mais dès le premier moment, nos deux groupes se sont hyper bien entendus. C’était vraiment le genre de connexion où t’as l’impression de te connaître depuis dix ans alors que ça fait deux jours.
Il y a eu un vrai déclic à ce moment-là. On s’est dit : “OK, il ne faut pas qu’on se lâche.” Après ça, Rodrigue est venu plusieurs fois en Bretagne, il a complètement accroché au coin… au point de décider d’y vivre. À partir de là, on a commencé à passer de plus en plus de temps ensemble.
Petit à petit, l’idée du projet est venue. Rodrigue avait déjà plein d’idées en tête, et moi ça me parlait à fond. On s’est dit que ce serait vraiment chanmé de faire quelque chose ensemble. On a présenté le projet à mes sponsors, ils ont été partants, et tout s’est enclenché comme ça.
Au final, le film est né de notre relation au quotidien. Rodrigue était là, un peu comme un spectateur, à observer la vie de tous les jours, les moments simples, les conneries, les discussions. On s’est dit que ce serait marrant de raconter ça, mais aussi touchant. Et c’est exactement ce qu’on avait envie de faire.

Le film est aussi très collectif, avec beaucoup de surfeurs invités. Qu’est-ce que le fait de partager ces moments avec eux a apporté au projet?
Partager cette aventure avec les autres surfeurs, c’était juste trop bien. De toute façon, partir seul en trip ou sur un projet comme ça, je trouve ça beaucoup moins fun. Tu vis le truc pour toi, alors qu’à plusieurs, tout prend une autre dimension. Tu te serres les coudes, tu t’ambiances, tu te marres… et ça change tout.
Il y a tous les moments autour du surf aussi : avant, pendant, après les sessions. Des moments parfois assez intimes, où tu rigoles, tu parles, tu prends le temps. Puis tu vas à l’eau, quelqu’un fait un truc de fou, ça te motive, t’as envie de pousser un peu plus, sans que ce soit de la compétition. Juste une bonne émulation, une énergie positive.
Avec Théo Julitte et Maelys Jouault, c’était hyper naturel. On se croise tout le temps dans l’eau. Théo, c’est simple, je passe les trois quarts de ma vie avec lui, on surfe quasiment toutes les sessions ensemble. Maelys aussi, on se retrouve souvent, la vibe est là, sans forcer.
Pierrot Gagliano, je le connaissais déjà avant le projet, et pareil, la connexion était évidente. C’est typiquement le genre de personne avec qui tu sais que tu peux partir en trip les yeux fermés : tu vas rigoler et tout va bien se passer.
Giogo Martins, je le connaissais moins au départ, juste croisé vite fait avant, notamment avec Volcom. Mais c’est un gars hyper humble, très attentionné, posé. Rider avec lui, c’était vraiment un régal.
Et puis il y avait Issam Auptel aussi, le boss, c’est un pote de longue date, et j’étais trop content qu’il soit là.
Franchement, quand tu vois comment tous les gars surfent dans le film, le fait de faire partie de cette aventure avec eux, c’est un vrai honneur.
Au final, je préfère mille fois partager le gâteau à plusieurs que le garder pour moi tout seul. C’est clairement ça l’esprit du projet.
Après ce film, est-ce que tu te projettes dans d’autres récits de ce type, ou est-ce que tu vois ce projet comme quelque chose d’unique?
Oui, carrément, j’aimerais continuer à raconter des histoires comme celle-là, mais pas n’importe comment. C’est un peu comme Star Wars: au début c’est incroyable, et à force de tirer dessus, ça finit par perdre son sens. J’ai pas envie de refaire la même histoire encore et encore juste pour refaire quelque chose.
Pour moi, ce projet-là, il appartient vraiment à Rodrigue. C’est lui qui l’a pensé, construit, porté. Si un jour il voit une suite cohérente, quelque chose de juste et de pertinent, moi je fonce tête baissée avec lui. Mais clairement, je ne me verrais pas faire ça avec quelqu’un d’autre. C’est lui le maître du projet, celui qui a su trouver le bon ton pour que ça fonctionne.
Après, l’idée n’est pas forcément de faire une suite directe. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est de continuer à raconter des histoires, pas juste du surf pur. Raconter autre chose à travers le surf, l’utiliser comme un fil conducteur, mais pas comme une finalité.
D’ailleurs, je pense que c’est là que je trouve le plus ma place aujourd’hui. Faire autre chose que juste “surf, surf, surf”. Ça touche plus de monde, c’est plus accessible, plus agréable à regarder. Ce n’est pas réservé qu’aux surfeurs, et je trouve ça beaucoup plus cool.
Donc oui, si ça plaît aux gens, j’ai envie de continuer dans cette direction. Mais sans forcer. Je n’ai pas envie que ça devienne un truc répétitif où les gens se disent: “Bon, ok, c’est la vingtième fois qu’on nous raconte la même chose.” Je préfère faire moins, mais faire juste.






