Interview
avec Kainoa Mallet
sur son film 4:44AM:
surf & culture à La Réunion
Entre vagues puissantes, amitié et images vibrantes, 4:44AM témoigne d’un regard sincère porté sur la vie des surfeurs à La Réunion. Loin d’une simple vidéo promotionnelle, le film propose une immersion intime dans un lifestyle surf réunionnais authentique, à l’écart des clichés touristiques habituels.
Le titre 4:44AM n’a rien d’anodin. À l’origine, c’est le nom de la marque de vêtements du réalisateur, mais aussi une heure suspendue, presque universelle. Une heure où chacun vit quelque chose de différent : certains rentrent de soirée, d’autres luttent contre l’insomnie, et d’autres encore — comme eux — se lèvent avant l’aube pour aller surfer. Une parenthèse hors du temps, propice à l’introspection et à la liberté. À l’image de cette heure si particulière, le film laisse volontairement place à l’interprétation : chacun peut y projeter son propre ressenti, son propre message.
Dans cette interview, nous revenons sur les motivations, la vision artistique et l’intention derrière le film 4:44AM, à travers un échange exclusif avec Kainoa Mallet, surfeur et vidéaste réunionnais passionné, qui signe ici bien plus qu’un film de surf : une expérience sensible, personnelle et ouverte à tous.
Comment est né le film 444AM sur le surf à La Réunion ?
À la base, 444AM était lié à la sortie de la deuxième collection de ma marque. Cependant, très vite, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin. Je ne voulais pas simplement produire une vidéo promotionnelle, mais plutôt créer un film surf à La Réunion qui raconte quelque chose de vrai.
Je voulais capturer ce que je vis au quotidien avec l’océan, les amis et le surf. Ainsi, le projet a naturellement évolué vers un film plus personnel, plus sincère, qui reflète réellement notre manière de vivre ici.
Finalement, le film 4:44AM est devenu un projet où je pouvais réunir plusieurs passions : le surf, la vidéo, la musique et surtout le storytelling visuel. De cette façon, le film dépasse le simple cadre d’une marque pour devenir une œuvre à part entière.
Qu’est-ce que tu voulais raconter à travers ce film?
Pour moi, ce film ne parle pas uniquement de performance ou de grosses vagues. Au contraire, j’ai voulu montrer le lifestyle surf réunion, celui que nous partageons tous, peu importe la discipline.
Après la crise requin, j’ai eu le sentiment que La Réunion avait été mise de côté. Pourtant, la culture surf est toujours bien vivante ici. C’est pourquoi j’ai voulu remettre en lumière notre communauté, montrer que surfeurs, bodyboardeurs et longboardeurs partagent la même passion.
Ainsi, le film se concentre sur des moments simples : des sessions entre amis, des instants de vie, des échanges sincères. Selon moi, ce sont ces détails qui racontent le mieux ce que représente réellement le surf à La Réunion.
«L’idée, c’était de représenter notre culture et notre lifestyle à La Réunion.»


«J’ai composé le film un peu comme un album de musique.»
La structure du film est assez particulière. Comment l’as-tu pensée?
J’ai volontairement conçu le film comme un album de musique, plutôt que comme un film classique avec une narration linéaire. Chaque partie correspond à une ambiance, une énergie, un état d’esprit différent.
Cette structure me permettait de laisser respirer les images et de transmettre des émotions sans avoir besoin d’explications. En effet, je voulais que chacun puisse interpréter le film à sa manière, en fonction de ce qu’il ressent.
Finalement, cette approche reflète assez bien la vie : elle n’est pas toujours logique ou linéaire, mais elle est rythmée par des moments forts, des pauses et des accélérations.
Justement, les images sont parfois très brutes. C’est un vrai choix artistique?
Oui, complètement. L’idée était aussi de casser les clichés. La Réunion est souvent montrée de manière très carte postale. Moi, j’avais envie de montrer quelque chose de plus brut, plus réel.
Il n’y a pas de paillettes, pas d’artifice. On n’a pas mis en scène quoi que ce soit. On a juste sorti une caméra dans nos moments de vie. C’est notre façon de voir La Réunion.
Je voulais aller un peu à l’encontre de ce qui a déjà été vu et revu, tout en assumant le fait qu’on reste aussi, quelque part, ce qu’on est.
Le film dure presque une heure. Un choix assez rare aujourd’hui, surtout pour un projet lié à une marque.
Oui, c’est vrai. Mais pour moi, la durée n’était pas un critère. Je voulais avant tout faire un film, pas juste un format promotionnel.
S’il avait duré 15 minutes, ça aurait été très bien aussi. Là, il dure environ 55 minutes, simplement parce que c’est le temps qu’il fallait pour raconter ce qu’on voulait raconter, sans remplissage.
Idéalement, j’aurais aimé faire 44 minutes et 44 secondes, mais ça aurait impliqué de retirer trop de belles images. Donc on a laissé vivre le film.
Pour la communication, j’ai évidemment fait des teasers plus courts sur les réseaux, mais le cœur du projet reste ce film dans son intégralité.
L’unité entre riders était-elle importante?
Ça a été un mélange de spontanéité et d’organisation. J’avais prévenu les gars quelques mois avant que je voulais faire un film. Je leur disais: “Dites-moi quand vous allez surfer”.
Ensuite, j’ai essayé d’assembler des personnes avec des styles complémentaires, des surfs qui pouvaient bien s’additionner à l’image.
Mais globalement, ça reste très brut. J’ai accumulé des images tout au long de l’année, et ensuite j’ai structuré les parties comme je les imaginais. Encore une fois, il n’y avait pas de grosse mise en scène.
On sent aussi un message fort autour de l’unité entre les disciplines.
Oui, clairement. On a tous traversé la crise requin, et ça a mis notre passion à rude épreuve. Ça nous a rendus encore plus passionnés, encore plus investis.
Tout ce qu’on a traversé nous a rapprochés. Et l’idée du film, c’était aussi de dire ça: surf, bodyboard, longboard, on est tous dans le même bateau. J’aurais même aimé ajouter du skate, et ça viendra peut-être plus tard.
C’est un message de rassemblement, né de ce qu’on a vécu ensemble.
Un dernier mot pour résumer l’esprit du film?
Je dirais que c’est un bordel organisé. On ne sait pas toujours où on va, mais tout est là pour une raison. Il y a un chaos apparent, mais travaillé.
C’est simplement notre vie, notre culture, notre passion, captées sur le moment, sans filtre. Et si les gens ressentent ça en regardant le film, alors le pari est réussi.







