Le Basque Diego Torre nous raconte sa première fois à la rame à Nazaré

On en a profité pour en savoir plus sur ce surfeur discret au très haut potentiel.

15/05/2024 par Ondine Wislez Pons

Le jour de sa victoire au Challenge La Nord

Natif du Pays basque, Diego a toujours baigné dans le surf. Pas étonnant pour quelqu’un qui a grandi entre Anglet et Biarritz. Aujourd’hui âgé de 20 ans, le jeune basque a commencé le surf à 3 ans tout au plus et si cette pratique occupe aujourd’hui la majeure partie de son temps et de ses pensées, elle est avant tout une histoire de transmission. « Mon père, qui était professeur de surf, nous a transmis cette passion à mon frère et moi. Il m’a fait prendre mes premières vagues à la Madrague à Anglet et j’ai pas mal voyagé avec mes parents pour surfer.« 

Diego connait bien les spots basques et landais, mais son home spot reste celui du Club à Anglet. Si certains jours les vagues peuvent y être très tranquilles, elles peuvent aussi être puissantes, nécessitant un engagement des plus solides « notamment à cause ou grâce aux digues » nous confie le surfeur pour qui la topographie du beach break angloy n’a plus de secret avant d’ajouter « c’est le spot favori de la plupart des Angloys, tout le monde s’y rejoint et s’apprécie, il y règne une ambiance familiale. » Plus jeune le surfeur a évolué dans les groupes compétition à l’Anglet Surf Club (situé en face de son home spot) avant de faire partie de la section surf du collège Jean Rostand, participant ainsi à quelques compétitions. Une fois au lycée, Diego a décidé de surfer pour lui, ce qui est toujours le cas aujourd’hui.

Si nous en avions une petite idée, nous avons tout de même demandé au Basque ce que le surf représente pour lui, ce à quoi il a répondu : « le surf conditionne ma vie, tout est tourné vers lui, que ce soit ma vie professionnelle, mes projets… Ce sont les sensations et les rencontres que je recherche avant tout. » Pas de doute, Diego est un surfeur pur et dur. Il fait partie de ceux qui brouillent les frontières entre ce que l’on pourrait appeler un surf plus « classique » et un surf de vagues plus grosses, dans lequel il ne cesse d’impressionner et qui est, lui aussi, une histoire de famille. Du haut de son jeune âge il a d’ailleurs remporté le Challenge La Nord cette année à Hossegor, dans les puissants barrels landais, face à certains des meilleurs tuberiders français et autres local heroes. Bien que doté d’une âme de free surfeur, cette (très) belle victoire est source de motivation, une consécration encourageante. C’est d’ailleurs dans les vagues landaises au cœur de l’hiver que le surfeur nous a confié qu’il prenait le plus de plaisir.

Engagé, agile, il est également doté d’un sens du timing certain, s’accordant avec l’élément océanique dans une sorte de dialogue instinctif et naturel dont il a le secret quand il s’attaque, seul, à des vagues bien plus grandes que lui. Si certains s’attaquent à de gros swells par ego ou par défi, c’est par envie, par pur amour de l’élément que Diego se met à l’eau quand c’est gros. De la murette du Club à Nazaré, Diego Torre raconte comment une session en particulier a exacerbé son goût des grosses vagues. Nous avons profité de cet entretien avec lui pour le questionner sur son histoire, son rapport au surf et cette session aussi mémorable qu’engagée, seul et à la rame sur le spot de gros portugais.

Près de son home spot du Club, à Anglet.

Surf Session – Quel regard portes-tu sur la scène surf du Pays basque ?

Diego Torre – L’ambiance surf du Pays basque persiste à rester « à l’ancienne ». Sur certains spots existent toujours les règles fondamentales, avant tout basées sur le respect, ce qui rend le surf plus agréable pour tout le monde. Le surf est une des rares pratiques où des gens de tous les niveaux, de tous les âges et de toutes les origines sont mélangés. Il y a des règles, qui sont internationalement connues, et si elles ne sont pas respectées les sessions deviendront pénibles. Ce qui rend la Côte basque si unique, c’est le panel varié de vagues qu’elle offre et les décors magnifiques qu’il y a autour. C’est pour ça que je l’aime, mais surtout parce que c’est le Pays basque.

Et la scène du surf de gros ?

Le Pays basque est une terre de chargeurs, toutes générations confondues. Le surf de gros est dans la tête de beaucoup de gens. Ça va des anciens qui chargent encore les gros outsides d’Anglet, aux plus jeunes qui commencent à tâter les grosses sessions à Guéthary, c’est beau à voir et ça a toujours été inspirant pour moi.

Avec qui surfes-tu le plus souvent ?

Quand j’étais plus jeune je surfais souvent seul ou avec mes potes du Club et aujourd’hui c’est avec le crew Keks Machine que je passe la plupart de mes sessions, même si les sessions solo seront toujours les meilleures.

À quel moment as-tu eu envie de surfer des vagues plus grosses ?

C’est venu très naturellement. Depuis que je suis tout jeune mon père nous a toujours emmenés, mon frère Raoul Torre et moi-même, surfer dans les mêmes conditions que lui surfait. Mon père nous a toujours dit « je vais faire en sorte que vous sachiez surfer tout les types de vagues » et c’est notre but, encore aujourd’hui.

Quelles sont ces vagues ?

J’ai surfé mes premières grosses vagues sur des grosses sessions à Anglet, à Parlementia ou à Lafitenia.

Y a-t-il des sessions qui résonnent en toi plus fort que les autres ?

Il y a trois sessions qui resteront gravées dans mon esprit : ma première fois à Nazaré en 2019, le swell d’Epsilon à Avalanche en 2020 et une session avec mon pote Thibault Manson sur un secret spot où on n’était que tous les deux.

Que recherches-tu quand tu t’attaques à des vagues plus grosses ?

Ce que je recherche pendant ces sessions, c’est de me retrouver seul au large en contact avec l’élément, loin de la civilisation, et attendre les vagues qui ont parcouru des milliers de kilomètres avant d’arriver jusqu’à moi. C’est la meilleure des sensations.

Quelles planches utilises-tu dans ce genre de conditions ?

Au cours des grosses sessions j’utilise des guns qui mesurent entre 8’6 et 9’4. Fernand Surfboards m’accompagne depuis quelques années maintenant et c’est lui qui me shape mes guns. Ils ont une superbe inertie et beaucoup de maniabilité, ce qui est assez rare pour ce genre de planches. Le modèle que j’utilise est le « Zebra » dont le nom fait référence à sa couleur zébrée, que mon père avait l’habitude de faire sur ses propres planches.

Comment gères-tu le danger et la peur que l’on peut ressentir, sur ce genre de sessions ?

J’ai toujours été habitué à bouffer, depuis que je suis petit et qu’il fallait passer la barre à Anglet ou ailleurs. Je ne fais pas de préparation mentale pour ça, j’ai simplement l’envie d’y être et ça me suffit. Par contre, je fais beaucoup de sport pour avoir la condition physique nécessaire pour être à l’eau lors de ces grosses sessions.

Nous aimerions maintenant évoquer avec toi ta première fois à Nazaré. C’était quand ?

C’était le 31 octobre 2019.

Avec qui étais-tu ?

J’étais avec mon père, Ciro Torre et mon frère, Raoul Torre.

Quelles étaient les conditions ce jour-là ?

C’était le matin. Les vagues étaient assez grosses, environ cinq mètres, la marée était basse et les conditions météorologiques n’aidaient pas. Un gros brouillard est venu voiler le spot et on ne voyait plus le large depuis le bord.

Dans quel état d’esprit étais-tu avant la session ?

Je rêvais de surfer cette vague, donc mon envie de la surfer était bien présente.

Peux-tu nous raconter comment s’est passée ta session ?

La session était assez « sketchy », rien que le passage de barre depuis la plage s’est avéré difficile. Il fallait trouver le bon timing après qu’une série soit passée et ramer le plus fort possible. Mais après avoir bataillé et bouffé une sacrée vague sur la tête, je suis arrivé au peak seul à la rame, mais mes repères n’étaient plus visibles, que ce soit la falaise ou ma famille restée au bord. J’entendais seulement les ronronnements des équipages de tow-in qui surfaient déjà. Rapidement, j’ai réussi à avoir une vague. Je me rappelle que mes jambes tremblaient au cours de la descente, d’une manière que je n’avais jamais ressentie auparavant. Une fois arrivé au bord, le nouveau passage de barre s’est mieux passé mais une fois de nouveau au peak, le pilote de l’un des équipages de tow-in est venu me dire de prendre une vague et de sortir. Il m’a aussi proposé de me ramener au bord en jet. Le brouillard était de plus en plus dense et la visibilité devenait trop faible, ce qui augmentait les risques de percussion. Je me suis donc éloigné du peak et j’ai pris une dernière vague bien plus petite pour sortir.

Que s’est-il passé après ça ?

Cette session restera gravée dans ma tête, tout comme elle le restera dans la tête de mon père et de mon frère. Le brouillard était tel qu’aucune photo n’a pu être prise. L’après-midi, nous y sommes retournés et cette fois-ci, mon frère est venu. La session était idyllique et le brouillard s’était dissipé. Les conditions étaient moins grosses mais elles étaient jolies.

Y a-t-il eu un avant/après Nazaré dans ta tête ?

Lors de cette session j’avais 15 ans et ce jour-là j’ai compris que c’est ça qui allait rythmer ma vie, la quête de vagues et surtout, de grosses vagues.

Où te situais-tu ce jour-là, par rapport à tes propres limites ?

Depuis que je suis petit je suis habitué à surfer dans des conditions assez velues parce que mon père, lui-même féru de grosses vagues, nous y a initiés, que ce soit à Parlementia, à Avalanche ou à Anglet. Je ne connaissais pas mes limites à cet âge-là, mais l’envie prenait le dessus sur la limite.

Photo prise lors de la seconde session.
Photo prise lors de la seconde session.


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