Interview : Marco Mignot a tout mis en place pour se qualifier sur le CT cette année

"Aujourd'hui j'ai une vision : le Championship Tour."

12/04/2024 par Maia Galot

Il s’est classé meilleur Français masculin la saison dernière. Après un titre de champion d’Europe WSL 2023, Marco Mignot s’est lancé en campagne sur les Challenger Series. Une saison qu’on peut qualifier de réussie, puisqu’il a fini l’année à la 14e place, à seulement 4 spots de la qualification sur le CT, notamment grâce à une 3e place sur le Sydney Pro et une 5e place à Saquarema. Sans s’arrêter là, le surfeur de 23 ans a honoré une qualification en équipe de France en début d’année lors des Mondiaux ISA où il s’est classé 9e. De Puerto Rico, il s’est ensuite envolé pour Peniche au Portugal, afin de participer au MEO Rip Curl Pro, étape du CT pour laquelle il avait obtenu une wildcard. De retour en France et à quelques jours de s’envoler pour l’Australie où auront lieu les premières étapes du circuit Challenger Series 2024, nous avons fait le point avec le surfeur originaire de Sayulita (Mexique).

Surf Session – La saison dernière, tu as fini champion d’Europe et avec une victoire à Caparica sur la saison QS, puis 14e sur le circuit Challenger Series, à 4 places de la qualification. Ce sont des acquis sur lesquels tu t’appuies pour repartir en saison Challenger Series cette année ?

Marco Mignot – Je repars à 0, j’ai oublié l’an dernier. Bien sûr que c’est agréable de regarder en arrière et de constater ses accomplissements mais là je repars à zéro. J’ai un nouvel état d’esprit, la routine ne change pas, c’est la même, mais mentalement je suis plus en confiance. Je sais que je peux le faire et que ça va le faire. Mon année est déjà plutôt organisée, j’ai déjà tout de planifié, j’ai une équipe incroyable avec moi. L’an dernier j’ai fait 2-3 erreurs que je ne referai pas. Tout arrive pour une raison mais aujourd’hui je sais ce que je dois faire et ne pas faire.

C’est sûr que c’était difficile et compliqué d’assimiler ce moment-là, de passer si près de la qualification, mais pour une première année sur les Challenger Series c’était une année incroyable. Il y a eu beaucoup de hauts et de bas mais j’essaie de ne pas regarder en arrière. Je dis souvent que si on regarde trop son passé on risque de s’y retrouver à nouveau. Je regarde en avant, je vois ce que je veux faire et ce que je veux accomplir. Si on prend le positif des choses, on prend toute l’expérience qu’il y a à prendre et elle servira pour l’année suivante. Cette saison j’ai un seul objectif, c’est le CT. Je n’ai qu’une chose en tête c’est le Championship Tour. Chaque chose en son temps, quand j’atteindrai le CT j’aurais un autre objectif mais aujourd’hui j’ai une vision : le CT.

© Damien Poullenot/World Surf League

Techniquement, qu’as-tu eu à travailler dernièrement dans ton surf ?

Je travaille des choses en permanence. En saison off, j’essaie de passer du temps à Hawaii. J’habite dans un petit village où il y a de petites vagues, donc le surf de vagues de conséquences c’est quelque chose que j’ai eu à travailler. J’ai dû m’habituer à surfer de plus grosses vagues, de longues lignes… Je sens que cette année j’ai beaucoup progressé et ça me donne beaucoup confiance en moi car je sais que si j’arrive dans le CT, je serais prêt.

Tu dirais que tu n’étais pas à l’aise auparavant ? Ou alors que ton surf ne correspondait pas à ces vagues ?

Je pense juste que je n’y avais pas passé assez de temps. Ce n’était pas une question d’être confortable ou non, c’était une question d’expérience. Je ne pense pas que l’on est mauvais à quelque chose, je pense qu’on y a juste pas passé assez de temps. Dans mon cas je connaissais mes points faibles, les choses sur lesquelles je voulais progresser et j’ai travaillé dessus. Ça a pris 3-4 ans mais maintenant je sens que je suis au niveau. Je peux aller à Pipeline je me sens en confiance, je peux aller à Mundaka je me sens en confiance… C’est une qualité que j’ai dû travailler.

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© Brian Bielmann / Quiksilver

Penses-tu que la compétition t’as poussée à avoir un meilleur niveau ?

C’est une bonne question. Je pense qu’en surf de compétition, on retient un peu. On ne va pas toujours faire d’énormes airs sur le plat ou charger des slabs. Quand je vois parfois certains free-surfeurs, je me dis que ce sont les meilleurs surfeurs du monde, mais en même temps si on les ramène en compétition, ils n’y arrivent pas. Ce sont deux choses différentes. Je pense que je serais peut-être un meilleur surfeur si je faisais du free surf, car je m’engagerai à faire des trucs plus fous, charger de plus grosses vagues, aller plus haut dans le air… Alors qu’aujourd’hui je ne vais pas faire de bêtises à faire des choses trop engagées. Ce serait intéressant de voir, je pense que le free surf peut pousser à aller plus haut.

La blessure justement, tu y penses ?

Il ne faut pas y penser. Si tu penses que tu vas te faire mal, tu as plus de risques de te faire mal. Donc j’essaie de ne pas y penser. Il faut connaitre son corps, ne pas trop s’engager dans des situations critiques où tu as plus de chances de te blesser. C’est des maths, la question du risque encouru. Avant d’aller dans un slab avec peu d’eau sans casque, tu réfléchis quand même à ta décision et tu choisis intelligemment. Parfois tu évites une session ou une manoeuvre justement pour ne pas prendre trop de risque, rester prudent.

Marco Mignot ISA Porto Rico
Marco Mignot © FFS / WE CREATIVE

Sur les Challenger Series, penses-tu qu’il y ait une étape en particulier qui puisse te réussir ?

Je crois que toutes les vagues du circuit Challenger Series vont vraiment avec mon surf. Snapper c’est une droite sur laquelle il faut être technique et j’ai la technique, j’ai un bon éventail de manoeuvres. Narrabeen c’est pareil, c’est un beachbreak et je me sens bien sur les beachbreaks, c’est un peu comme Hossegor. Ballito même chose, beachbreak en droite… J’ai l’impression que je pourrais dire que le circuit est parfait pour moi (rires). Il n’y a pas une vague où je me sens inconfortable, où que ce soit je me sens bien, je me sens prêt, je peux bien surfer sur toutes ces vagues. C’est presque un circuit sur-mesure (rires).

Sur ce circuit, tu affrontes les meilleurs de chaque région, y a t-il une période d’adaptation à ce niveau après une saison de QS ?

Je pense que tout dépend comment chacun fonctionne mentalement. Quand je suis sur les Challenger, mon état d’esprit c’est de me dire que je veux me qualifier. Le niveau est plus haut donc on pense différemment, on sait qu’il faut vraiment tout donner sur chaque série, il ne s’agit pas juste d’assurer son heat. Si tu ne surfes pas de ton mieux pour tout gagner, tu ne passes pas de série, t’es à la rue après le 3e tour. Dans mon état d’esprit, je me lance dans une série pour surfer de mon mieux et ça passe ou ça casse.

Comment approches-tu le fait d’affronter des surfeurs qui viennent de descendre du CT ?

Forcément ça joue d’affronter un surfeur du CT, car on connait leur niveau, mais pour ma part ça anime un feu en moi. Je ne me dis pas que j’ai envie de les battre, je me dis que c’est moi et l’océan : je dois avoir deux bonnes vagues, sur lesquelles je surfe le mieux possible pour accumuler le plus gros total et il ne s’agit pas tant de battre l’autre, surtout de faire de son mieux pour passer. Si je pense à battre l’autre, je pense à lui et pas à la série. J’essaie d’être présent et si ça passe c’est cool, sinon on continue à apprendre. Je crois que j’ai progressé tactiquement, ma stratégie de série s’est beaucoup améliorée mais j’ai toujours eu cet état d’esprit : je surfe pour gagner ma série, pas pour battre l’autre surfeur.

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Marco Mignot lors des Mondiaux ISA 2024 © FFS / WE CREATIVE

Dans le surf il y a plus de défaites que de victoires, comment appréhendes-tu cela ?

J’accepte autant la victoire que la défaite. La défaite me donne même d’autant plus la rage de gagner ! Bien sûr sur le moment je suis dégouté, parfois on pleure ou non, parfois on ne ressent rien et on le ressent plus tard… Pour ma part, je ressens l’émotion et ensuite ça me donne le feu pour la prochaine compétition, ça me donne l’envie de gagner la prochaine.

Chaque saison est longue, avec plusieurs circuits qui se cumulent, est-ce difficile de maintenir son énergie et sa condition physique sur la durée ?

Ce qui peut être compliqué en tant qu’athlète c’est que sur une longue année on peut s’épuiser et il faut savoir gérer ça. J’ai pu apprendre à le gérer en observant les autres et avec mes propres expériences. Le surf de compétition ce n’est pas un sprint mais un marathon, c’est toute l’année. Il faut vraiment kiffer ce que tu fais. Si tu penses au fait que tu es loin de chez toi, que tu veux voir tes proches ou faire la fête, l’épuisement prend toute la place. Il faut faire des choix : si tu veux être un champion alors tu te dédies à 100% à ce que tu fais. C’est dur bien sûr de se maintenir à 100% en permanence, mais il faut aussi accepter que les bas font partie du processus et prendre les choses comme elles viennent plutôt que de chuter.

Je n’ai jamais atteint le stade où je n’ai plus eu envie de surfer. J’adore ce que je fais, j’adore le surf, me lever le matin et aller à l’eau. J’aime le mode de vie qui vient avec. Je pense que si l’on n’apprécie pas ce que l’on fait, si on ne le fait pas avec le coeur, c’est que ce n’est pas pour soi. Il faut kiffer. Moi j’ai la sensation qu’il n’y a pas un jour de ma vie où je travaille. J’adore tellement ce que je fais que je ne « travaille » pas, bien sûr je travaille dur pour gagner mais je ne traine pas les pieds en me levant le matin pour aller m’entrainer, j’y vais et j’aime le faire.

MEO Pro Portugal Marco Mignot
© Damien Poullenot/World Surf League

Quelle différence fais-tu entre le free-surf et le surf de compétition ?

Je crois que ce sont deux choses complètement différentes. Le free surf quand je suis à la maison avec ma famille et mes potes, qu’il n’y a que nous à l’eau sur des vagues parfaites, c’est une adrénaline de malade. Mais j’adore l’état d’esprit de compétition. J’adore le challenge, le fait d’avoir un objectif à atteindre avec des moments de doute et la nécessité de trouver comment y parvenir. J’adore cette inconnue et j’adore la compétition. Je sais que je kifferai le surf toute ma vie mais en ce moment la compétition, c’est vraiment ce que j’aime.

Tu nous parlais de ton équipe, qui trouve t-on dans ton corner ?

Cette année sur les Challenger Series j’aurais Jason Apparicio, Jazza, mon coach. Il n’était pas là l’an dernier et il sera là cette année. À coté de ça, mon équipe est basée à Hossegor. Patrick Beven et Miky Picon m’ont beaucoup aidé à mettre une équipe en place avec un coach physique et mental, tout dans les moindres détails. Cette année, j’ai aussi commencé à incorporer la natation dans mes entrainements car j’ai senti que j’avais besoin de cardio. C’est parfaitement adapté à mes besoins car on évolue dans l’eau, il faut savoir bien nager et être en contrôle sous l’eau. Je fais de l’apnée et de la nage et j’adore ça, ça me fait vraiment du bien. C’est un entrainement supplémentaire grâce auquel je suis plus confortable dans des situations difficiles sous l’eau et c’est important notamment dans de grosses conditions. Réussir à rester calme, ça donne confiance en soi.

Je remercie vraiment Patrick pour ça, qui a mis tout en place pour moi. Il y a 2-3 ans je n’arrivais même pas à me qualifier pour les Challenger Series et il y a eu une période de doute. Je n’ai pas réellement douté que je pouvais y arriver mais c’était compliqué, c’était dur, je me demandais si c’était fait pour moi. C’est là que Patrick m’a dit « je vais mettre les choses en place pour toi mais il faut que tu fasses les sacrifices » et j’étais prêt à les faire. Ça a payé et ça porte de plus en plus ses fruits. Je continue aussi à faire de la respiration, ça m’a toujours beaucoup aidé. J’y ai investi du temps depuis 2017, donc assez jeune. C’est quelque chose qui me permet de contrôler mes émotions.

Ta relation avec Patrick est quelque chose qui s’est bien installée au fil des années…

La relation avec Patrick est très naturelle, c’est comme un frère. On connecte super bien. Patrick c’est vraiment quelqu’un qui a la joie de vivre, il n’y a pas de négatif, il va toujours te donner confiance en toi, il est là pour toi. Il a un grand coeur, il pense plus aux autres plus qu’à lui-même et c’est quelque chose d’incroyable en lui. Moi je suis quelqu’un parfois d’auto-centré et ça m’a beaucoup appris de me dire qu’il fallait aussi que je pense aux gens autour de moi. C’est une qualité qu’il a. Je suis très proche de lui, il m’a beaucoup aidé dans ma carrière et il continue à le faire, je l’en remercie beaucoup.

En parallèle, que t’apportes ton travail avec Jason ?

Je suis quelqu’un qui sait se débrouiller seul, mais j’aime être accompagné de quelqu’un qui est là pour moi, qui me comprend, qui sait quoi me dire quand je ne suis pas au mieux. Il me comprend et c’est très important pour un coach. Bien sûr la technique et le reste c’est très important, mais ça l’est aussi beaucoup d’avoir quelqu’un avec qui rigoler etc. J’aime avoir quelqu’un qui est content quand je gagne mais qui ressent aussi ce que je ressens quand je perds. Jazza et moi sommes connectés et c’est important selon moi. Notre relation n’est pas liée qu’à l’approche technique, pour moi ce qui est important c’est cette connexion. Il me donne confiance et il est là pour moi.

Comment gères-tu les périodes plus solitaires sur la route ?

J’aime être seul. Je ne le suis pas réellement car Jazza et d’autres sont là mais je crois aussi que c’est une qualité que j’ai, j’arrive à être seul. Depuis tout petit, à 11 ans, mes parents m’ont laissé partir en France, pour 6 mois parfois. J’ai donc appris à être seul et à être bien seul. Je n’ai pas besoin d’avoir des gens autour de moi en permanence, j’aime bien être dans ma zone. Je pense que ça m’aide à ne pas me laisser influencer par le groupe. On dit qu’on est le produit de son environnement et parfois être entouré de gens qui sont différents ça peut jouer sur son propre fonctionnement. J’aime être dans ma bulle pendant les compétitions, avoir mes propres pensées, mon rythme et être indépendant.

Marco Mignot © Damien Poullenot – World Surf League

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